C’est une nouvelle écharde plantée dans le pied du PLR, fortement ébranlé par «l’affaire Maudet». Une série de mails que Le Temps a obtenus appelle à voter pour six candidats d'obédience plutôt libérale et de laisser les radicaux sur le carreau, jeudi prochain lors de l’assemblée des délégués qui désignera les candidats au Conseil national pour les élections de 2019. Une histoire de nature à creuser la fracture entre les deux mouvances du PLR genevois, déjà mis à mal par la découverte de la cagnotte de l’association radicale du Cercle Fazy-Favon, qui a servi notamment à financer une campagne de Pierre Maudet. Les radicaux en minimisent aujourd’hui la portée, expliquant qu’elle résultait d’une pratique différente de celle des libéraux quant aux jetons de présence de leurs municipaux.

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L’initiative de ces courriels revient au président de l’association du PLR Arve et lac, Pierre Lingjaerde, après discussion avec le député au Grand Conseil Edouard Cuendet, précise-t-il. Aux côtés des deux sortants Christian Lüscher et Benoît Genecand et de deux femmes, Simone de Montmollin et Sophie Dubuis, il invite les destinataires à voter Cyril Aellen, chef de groupe au Grand Conseil et Alexandre de Senarclens, président du parti. Deux ténors libéraux. Féroce, il précise «qu’il n’y a pas photo, ces deux candidats sont meilleurs que Murat Alder, Rolin Wavre, Pierre Conne ou Frédéric Luyet».

Contacté, Pierre Lingjaerde n’a pas voulu répondre, faisant valoir que «ces mails sont confidentiels et ne regardent pas la presse». De son côté, Edouard Cuendet a répondu qu’il n’en connaissait pas l’existence.

Une manoeuvre «à mobiliser les radicaux»

Pourtant, ils circulent et fâchent les intéressés, y compris ceux qu’ils promeuvent. «Je ne suis pas content du tout, tonne Cyril Aellen. Ces mails entérinent l’interprétation que beaucoup font, celle d’une fracture libérale-radicale. De plus, ils peuvent produire l’inverse de l’effet recherché.» C'est-à-dire mobiliser les vieux radicaux, plus enclins à fréquenter les grands-messes du parti que les libéraux. C’est l’avis de Guy-Olivier Segond, ancien conseiller d’Etat radical qui n’était pas favorable à la fusion: «Ce genre de manoeuvre émanant de nigauds vont servir à mobiliser les radicaux». De son côté, Alexandre de Senarclens est navré par «la maladresse de ces courriels qui ne reflètent pas l’esprit du PLR, dans un moment où il est déjà fragilisé».

Contrarié aussi, le député Pierre Conne, qui se voit décrit comme un candidat de seconde zone: «Qu’on invite à voter pour quelqu’un, c’est bien. Mais contre, et avec des jugements de valeur, c’est inadmissible. Celui qui a fait cela devrait être rayé du parti. Soit il était novice, soit mal intentionné, soit il avait trop bu. C’est malfaisant pour le PLR.»

Cette histoire serait anecdotique si elle n’intervenait dans un contexte très chahuté. Le parti bourgeois fait face, chaque jour ou presque, à son lot de révélations embarrassantes. Dernière en date, dévoilée par la Tribune de Genève: les perquisitions menées par le Ministère public à Manotel, groupe hôtelier genevois. Celui-ci aurait versé ces dernières années environ 100000 francs à deux associations pilotées par Pierre Maudet, mais ne figurait pas dans la liste des donateurs officiels du PLR dans les comptes allant de 2013 à 2017, selon le quotidien. Des informations démenties sur un réseau social par l’avocat de Pierre Maudet, Grégoire Mangeat. Celui-ci affirme que le montant articulé est «très éloigné de la réalité» et que l’association de soutien à Pierre Maudet, comme le Cercle Fazy-Favon, n’étaient «pas pilotées par le ministre», et «leurs comptes accessibles à la présidence du parti.»

Le budget qui fâche

Quoi qu’il en soit, les sujets de fâcheries ne manquent pas pour le PLR. Il se pourrait aussi que le budget 2019 vienne s’y ajouter. La semaine dernière, le Conseil d’Etat a renoncé à deux mesures d'économies dans la fonction publique (il rétablit l’octroi des annuités 2019, soit 40,9 millions de francs, et renonce à engager de nouveaux collaborateurs deux classes salariales en-dessous, ce qui équivaut à 18 millions de francs), suite à des rentrées fiscales supplémentaires. A cela s’ajoute l'annonce de la conseillère d’Etat Nathalie Fontanet portant sur une hausse de la fiscalité immobilière. Au grand dam du PLR, qui rejettera ce budget.

Mais certains, comme Guy-Olivier Segond, pronostiquent une nouvelle ligne de fracture possible, entre des radicaux plus accommodants vis-à-vis de l’Etat et des libéraux inflexibles. «Faux, estime Cyril Aellen. Le PLR dans son ensemble rejette cette dissymétrie des efforts. Maintenir les hausses fiscales tout en continuant à engager et sans consentir la moindre réforme, c'est un budget de gauche qui sera voté par la gauche.» Il faudra peut-être plus qu'un ennemi commun pour éteindre les suspicions au sein du parti bourgeois.