L'enthousiasme qui a conduit le Conseil national à voter, en décembre, la totalité du crédit de 1,3 milliard pour le raccordement du pays au réseau européen à grande vitesse est vite retombé. Mardi, la Commission des transports du Conseil des Etats n'a pas accordé un seul suffrage à cette variante maximale. Par 8 voix contre 5, elle a privilégié la solution du Conseil fédéral. Celle-ci ne libère que la moitié de ce crédit, soit 665 millions, ce qui permet de réaliser, en Suisse romande, les aménagements prévus sur les lignes Genève-Mâcon, Belfort-Dijon, Vallorbe-Dijon et autour de la gare de Genève. Les cinq voix dissidentes ont été accordées à une solution intermédiaire dont le prix s'élève à 990 millions; celle-ci ajoute aux projets précités les liaisons transjurassiennes Berne-Neuchâtel-Pontarlier et Bienne-Belfort, ainsi que le raccordement de l'aéroport de Bâle-Mulhouse au réseau ferroviaire.

Faire des économies

Des considérations financières sont la principale motivation du repli opéré par la commission du Conseil des Etats. Celle-ci a longuement auditionné le directeur général des CFF, Benedikt Weibel, qui estime lui aussi qu'on doit procéder en deux étapes et ne libérer, dans un premier temps, que 665 millions. La décision de la commission reflète aussi sa composition. La variante à 990 millions est soutenue par une coalition de dix-huit cantons de l'ouest, du nord et de l'est de la Suisse. Or, seuls quelques élus de ces régions – dont un seul Romand, le socialiste jurassien Pierre-Alain Gentil – siègent dans la commission des Etats, alors que la Suisse centrale et méridionale, qui n'est pas directement concernée par ces projets de raccordement, y est bien représentée. Pierre-Alain Gentil se déclare «très déçu, car ces liaisons sont vitales pour les régions périphériques». Il espère que le Conseil des Etats, qui se prononcera en mars, ne suivra pas sa commission et optera au moins pour les 990 millions.