Votations

Le soutien à l’initiative «Sortir du nucléaire» s’érode

Selon gfs.bern, le oui serait passé sous la barre des 50% alors que le non progresse fortement. Ce résultat contraste avec un sondage effectué en ligne

Une chose est sûre: le 27 novembre, un sondeur aura eu raison et l’autre tort. Alors que l’enquête en ligne menée par Tamedia semblait confirmer mercredi l’avance du oui (57%) à l’initiative populaire «Sortir du nucléaire», le deuxième et dernier sondage effectué par l’institut gfs.bern pour la SSR annonce un renversement de tendance assez spectaculaire.

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En tête à la première enquête d’opinion avec 57%, le oui a chuté de neuf points à 48% alors que, dans le même temps, le non est passé de 36 à 46%. Selon gfs.bern, le résultat est «trop serré pour permettre un pronostic». Néanmoins, la tendance au non prend l’avantage, relève-t-il, sans s’aventurer plus loin, le sondage reflétant «l’état des choses le 6 novembre», date médiane de la prise de température effectuée auprès de 1406 personnes. Le résultat se situe d’ailleurs dans la marge d’erreur de 2,7 points.

Le oui devant en Suisse romande

L’érosion de la popularité de l’initiative se vérifie dans deux régions linguistiques. En Suisse romande, le oui passe de 64% en octobre à 53% alors que le non bondit de 22% à 37%. Outre-Sarine, le oui glisse de 55% à 45% et le non monte de 40% à 50%. La Suisse italienne reste favorable à la sortie rapide du nucléaire dans les treize ans à venir: le oui se maintient à 58% (57% le mois précédent) et le non plafonne à 29%, comme en octobre.

La ventilation par partis politiques montre que les avis positifs restent à un niveau très élevé à gauche alors que les opinions négatives ont fortement progressé à droite. L’initiative est soutenue par 93% des personnes qui se disent proches des Verts et à 76% par l’électorat socialiste; c’est légèrement moins qu’en octobre. En revanche, le non passe de 47% à 70% au PLR et de 56% à 71% au sein de l’électorat UDC.

Le PDC indécis

La position définitive du PDC est encore ouverte: le oui se situe à 53% (58% en octobre) et le non à 37% (contre 35%). Cet électorat est favorable à la sortie du nucléaire, mais considère la Stratégie énergétique 2050, qui propose d’échelonner dans le temps l’abandon de cette technologie, comme une solution valable. A noter encore que les femmes sont favorables à l’initiative à 56% alors que seuls 37% des hommes disent vouloir glisser un oui dans l’urne.

L’argument le plus populaire en faveur de l’initiative consiste à dire qu’il faut fixer un calendrier clair de fermetures des centrales si l’on veut réussir la transition énergétique. 77% des personnes qui voteront oui l’avancent. Vient ensuite la conviction que les solutions technologiques de substitution ont fait leurs preuves. En outre, les défenseurs de l’initiatives considèrent que «chaque année d’exploitation supplémentaire rend les centrales, déjà vieillissantes, plus dangereuses» et 45 années d’exploitation sont suffisantes.

Redémarrage de Beznau

L’argument le plus souvent avancé par les opposants est la crainte de devoir importer de l’électricité provenant de centrales à charbon ou à gaz à l’étranger. D’autres motifs de rejet sont la perspective de pénuries d’électricité et la conviction que la Stratégie énergétique 2050 est un meilleur plan de sortie progressive du nucléaire.

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La participation pourrait être plus élevée que la moyenne. Se fondant sur le pourcentage d’enveloppes déjà envoyées à Saint-Gall, Zurich, Rorschach et des villes très critiques envers l’atome comme Bâle et Genève, le politologue Claude Longchamp, fondateur de l’institut gfs.bern, pronostique un taux de 53%.

De son côté, l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) a annoncé avoir reçu lundi d’Axpo les documents qui serviront de base à une éventuelle autorisation de redémarrage de Beznau I, à l’arrêt depuis dix-neuf mois en raison de défauts observés sur la cuve du réacteur. L’IFSN s’entoure d’un groupe international de sept experts pour examiner ces documents et motiver la décision qu’elle va prendre d’ici à la fin de l’année. Axpo considère que les conditions de sécurité sont remplies pour l’exploitation du réacteur jusque vers 2030. Les milieux antinucléaires ont vivement réagi à cette annonce et s’opposent à sa remise en service.

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