Partisans et adversaires du nucléaire arboraient un large sourire, dimanche, au Rathaus de Berne. Mais un sourire jaune. Car la population bernoise a certes voté en faveur du principe de construction d’une nouvelle centrale à Mühleberg, mais avec une majorité si étroite de 51,2% (188 193 oui contre 179 279 non, 51,7% de participation) que les adversaires du nucléaire crient eux aussi victoire. «Les Forces motrices bernoises doivent bien réfléchir avant de porter plus en avant leur projet de renouveler Mühleberg, avertit Blaise Kropf, président des Verts bernois. Vaut-il la peine d’investir dans un projet si contesté? La résistance au nucléaire prend de l’ampleur. Chaque année qui passe l’accroît.» En 2003, 67,5% des Bernois avaient rejeté l’initiative fédérale «sortir du nucléaire».

Les Bernois ne sont pas égaux face au nucléaire. Ceux des régions rurales sont acquis à Mühleberg II, à plus de 55%; 61% dans la commune de Mühleberg. Mais les Bernois des agglomérations la rejettent, à 53,3% à Bienne et 53,1% à Berne-Mittelland. La Ville de Berne avait déjà décidé de ne plus utiliser d’énergie nucléaire à partir de 2039. Le Jura bernois est partagé: il appuie Mühleberg II pour 95 voix (7876 oui contre 7781 non).

Le résultat bernois tranche un conflit qui oppose le Conseil d’Etat à majorité rouge-verte au Grand Conseil dominé par les partis bourgeois. La ministre socialiste de l’Energie, Barbara Egger-Jenzer, peine à admettre sa défaite. Sa réaction a été sèche et brève. Elle dit accepter le résultat, mais souligne son étroitesse («sehr knapp»). Elle explique que la votation de ce dimanche n’a rien de définitif. Il s’agit «seulement» de déterminer la prise de position du canton de Berne dans la consultation fédérale sur la réalisation de nouvelles centrales nucléaires en Suisse. «La décision finale appartient au peuple suisse, d’ici deux à trois ans», dit-elle.

«Cette votation n’est en effet qu’une étape», renchérit Philippe Perrenoud, président du gouvernement bernois. Il met en avant la «progression des antinucléaires», estimant qu’elle traduit la volonté populaire de voir se développer les énergies renouvelables. Il admet le verdict. «C’est un signal en faveur du nucléaire, faible mais effectif. Le peuple accepte de vivre avec les dangers inhérents à cette technologie.»

L’ancien ministre PBD Urs Gasche, désormais président du Conseil d’administration des Forces motrices bernoises qui exploitent l’actuelle centrale de Mühleberg et portent le projet de renouvellement, se dit «content et soulagé». Pour lui, ce résultat de 51,2% est «clair. On s’attendait à un résultat serré. Il donne une majorité indiscutable en faveur du nucléaire.» Est-ce que la forte opposition ne risque pas d’avoir raison de Mühleberg, au profit des projets concurrents de Gösgen et Beznau? «Ailleurs, on n’a pas voté. Ici à Berne, le vote positif renforce la position de Mühleberg. Il est judicieux de ne pas concentrer toutes les centrales dans un petit périmètre. Voilà pourquoi le site de Mühleberg a désormais toutes ses chances.»

Pas question, pour les FMB, de tergiverser, malgré l’étroitesse du vote de dimanche. «Des électeurs ont craint que FMB Energie ne fasse plus que du nucléaire, au détriment des énergies renouvelables. Nous entendons poursuivre notre stratégie pour le renouvelable, pour autant qu’on nous permette de réaliser les projets.» Les FMB ont revu à la baisse leurs objectifs en énergies vertes, en raison de la résistance populaire à certains projets hydrauliques et éoliens.

Urs Gasche s’était aussi préparé à un rejet du nucléaire ce dimanche. «Il aurait signifié le retrait du projet de Mühleberg. Nous aurions alors soutenu les nouvelles centrales de nos partenaires.» Cette hypothèse est désormais écartée. Les FMB feront le maximum pour construire leur nouvelle centrale à Mühleberg. Les Nidwaldiens ont une nouvelle fois refusé le stockage de déchets nucléaires au Wellenberg. Le non l’a emporté dimanche à plus de trois contre un. Les citoyens confirment la position de leurs autorités cantonales, qui ont demandé au Conseil fédéral de retirer le Wellenberg de la liste des sites potentiels d’accueil. (ATS)