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Bilal Ramadan, frère de Tariq, le 10 septembre à Genève.
© Guillaume Megevand ©

Genève

Les soutiens de Tariq Ramadan en appellent à Alain Berset

Une lettre ouverte demande au président de la Confédération d’intercéder auprès d’Emmanuel Macron en faveur de l’islamologue suisse, en détention préventive en France. Interview de son frère, Bilal Ramadan

Lundi matin, le président de la Confédération, Alain Berset, a reçu un étonnant courrier. Une lettre ouverte, signée par 250 personnes, lui demandant «d’intercéder en faveur de Tariq Ramadan» auprès des autorités françaises à l’occasion de son entrevue, mercredi, avec le président français Emmanuel Macron. Ils rappellent le droit à la présomption d’innocence et dénoncent ses conditions d’incarcération.

Lire aussi: Alain Berset est invité à intercéder en faveur de Tariq Ramadan auprès d'Emmanuel Macron

Qui sont-ils? Peu de signataires connus, à part Jean et Erica Ziegler, l’ancien conseiller national PDC Jacques Neirynck et quelques personnalités genevoises de gauche. Ils espèrent sans doute un coup politique, alors que l’islamologue suisse est toujours en détention préventive en France depuis février, à la suite de trois plaintes pour viol. Une quatrième femme a déposé contre lui en Suisse pour ces mêmes faits.

Interrogé, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) répond que «cette demande sera traitée par la direction consulaire du DFAE». Où il faut déduire, sans surprise, que le cas Ramadan ne fera pas irruption entre les deux présidents.

Le Temps : Emmanuel Macron n’est pas un autocrate qu’on tente de faire plier pour libérer des détenus politiques. Vous ignorez la séparation des pouvoirs?

Bilal Ramadan: Il n’y a plus de séparation des pouvoirs en France. Le pouvoir judiciaire dérape, c’est même un simulacre de justice. Tariq est tenu à l’isolement 23 heures sur 24, il n’a pas accès à son dossier, il ne peut pas bénéficier des soins que sa maladie requiert. Nous demandons à Alain Berset qu’il insiste sur l’égalité de traitement dont doit bénéficier un citoyen suisse. Quand Recep Tayyip Erdogan rencontre Emmanuel Macron, celui-ci intercède pour les Français incarcérés en Turquie. Pour Tariq, la France est un peu la Turquie.

Vous dénoncez une justice sous influence. Il ne vous est pas venu à l’esprit le risque de fuite ou la collusion de témoins?

Tariq ne fuira pas, puisqu’il veut laver son honneur. Quant aux témoins, parlons-en. Les femmes qui ont porté plainte contre lui se connaissent toutes entre elles. Elles ont des contacts avec Caroline Fourest, la journaliste qui le traque depuis des années. Elles ont toutes le même récit, tout est synchronisé.

Vous croyez donc à la théorie du complot?

Non. Mais la pensée de Tariq dérange suffisamment en France pour qu’on veuille l’empêcher de parler. Pour le briser, on a révélé sa vie privée, on l’a accusé de viols.

Qui est ce «on»?

Quand on enferme quelqu’un dont le dossier est vide, c’est au niveau le plus haut de l’Etat que ça se passe. C’est un traquenard organisé. Certaines plaignantes ont d’ailleurs des liens avec les services de renseignement.

En d’autres termes, un complot. Mais pourquoi la France se méfierait-elle tant de Tariq Ramadan?

La France le déteste car il donne une dignité aux musulmans. Il a redonné espoir aux banlieues, en disant qu’il fallait arrêter de parler d’intégration, puisque les musulmans sont déjà intégrés, mais de contribution. Depuis dix ans, une vague d’intellectuels laisse accroire que le terrorisme vient des Frères musulmans. Raison pour laquelle notre frère Hani a été lui aussi inquiété. Or Hani, s’il est fondamentaliste sur la doctrine, n’est pas dangereux. Tariq, lui, est réformiste. Il pense qu’on peut s’inscrire dans une société moderne sans renoncer aux textes sacrés. Cela, la France n’en veut pas.

Proposer un moratoire sur la lapidation des femmes adultères, c’est être réformiste?

Oui, parce qu’il parle pour les pays où elle a cours. C’est une démarche pédagogique qui a fait davantage progresser que s’il avait condamné. Tariq voit les choses sur le temps historique long. Quand on parle du moratoire sur le nucléaire, tout le monde comprend!

Sur le volet moral, Tariq Ramadan a avoué plusieurs relations extraconjugales, en totale contradiction avec son discours. Comprenez-vous la déception de ceux qui en faisaient une autorité?

Tariq fait son examen de conscience et a dit qu’il s’expliquerait sur sa vie privée. Sera-t-il pardonné? Aux femmes de le dire, à ses amis, aux musulmans qui l’ont suivi. Je crois que les musulmans vont lui pardonner et qu’il pourra restaurer son autorité morale.

Vous avez été professeur, comme lui. Il a aussi abusé d’élèves. Cela ne vous a pas ébranlé?

Je ne veux pas intervenir sur sa vie privée. Je comprends les souffrances et les attachements. Ce qui est triste, c’est qu’on ait utilisé cette question pour alourdir son dossier et finir par l’accuser de viols. Et pour le perdre aux yeux de la communauté musulmane.


Précision apportée après la publication de l'article

Bilal Ramadan, en réponse à la dernière question: «Selon moi, il n'y a pas d'abus, je déplore qu'on ait utilisé ces témoignages pour alourdir son dossier.»

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