candidaT au conseil federal

«Souverainiste? Socialiste, cela suffit?»

Le Vaudois Pierre-Yves Maillard, l’un des favoris à la succession de Micheline Calmy-Rey, explique ce qu’il aimerait faire au gouvernement suisse

Le Vaudois Pierre-Yves Maillard est avec le Fribourgeois Alain Berset l’un des candidats favoris à la succession de Micheline Calmy-Rey au Conseil fédéral. Le groupe socialiste des Chambres fédérales fera vendredi un premier tour d’horizon en vue de la désignation de ses candidats officiels, qui tombera le 25 novembre.

Le Temps: En annonçant votre candidature au Conseil fédéral, vous avez dit votre solidarité avec les licenciés de Novartis. Ce genre d’annonce risque de se multiplier. Que doit faire le Conseil fédéral?

Pierre-Yves Maillard: Chaque cas est spécifique. Dans le cas de Novartis, c’est une entreprise avec un marché intérieur important, dont le bénéfice dépasse ce que le canton de Vaud dépense en un an pour payer notamment 50 000 salaires et 150 000 subsides LAMal, et qui bénéficie du soutien du pays par des conditions-cadres notoirement avantageuses. Cela ne peut pas laisser indifférent.

– Mais peut-on aller au-delà d’une condamnation verbale?

– Cela aide déjà pas mal, je peux vous le dire comme ancien syndicaliste. Mais on peut aller au-delà. Si une entreprise ne pense qu’à maximiser ses profits au détriment de l’emploi, les protections dont elle profite – maintien de prix élevés et refus des importations parallèles en l’occurrence – peuvent être rediscutées.

– Faut-il aider les entreprises en difficultés face au franc fort?

– Oui, mais en distinguant justement celles qui sont depuis peu dans les chiffres rouges pour raisons conjoncturelles et restent malgré tout soucieuses de préserver l’emploi. Cela ne me choquerait pas que l’on accorde à cette catégorie d’entreprises une aide pour leurs efforts de formation, qu’elles assument entièrement et qui ont une importance décisive en temps de crise. Je pense qu’il faut par ailleurs discuter avec les banques de leur politique de crédit. Les taux d’intérêt ont été beaucoup trop individualisés, selon le facteur de risque, avec le paradoxe que l’argent devient plus cher pour l’industrie d’exportation au moment où elle en a le plus besoin.

– La Suisse chère, une fatalité?

– Sans doute non. Mais la guerre des prix ne résout pas tout! Je serais pour renforcer la puissance publique dans la régulation des prix là où le marché est subventionné. Les situations cartellaires doivent être combattues. Mais il faut examiner la situation secteur par secteur. Au fond, c’est la bataille pour le pouvoir d’achat qui compte. Si les prix baissent et les salaires aussi, on n’aura pas gagné grand-chose. Dans le commerce de détail par exemple, les marges bénéficiaires restent modestes et le régime social des grandes coopératives plutôt meilleur que ses concurrentes européennes.

– Vous préconisez de fixer dans la Constitution un taux d’autosuffisance alimentaire. A quel niveau?

– Le degré d’autoapprovisionnement brut était de 62% en 2008, en légère baisse. Le taux garanti devrait donc être fixé à peine au-dessous. Au moment où il est question d’augmenter le libre-échange, notre société doit affirmer qu’elle veut et peut produire une part notable de ce qu’elle consomme.

– Cela plaira aux paysans, mais est-ce utile?

– Nous sommes confrontés à une industrialisation de la production agricole qui a généré des risques sanitaires et une augmentation des transports nuisible à l’environnement. Si une population ne peut pas se donner des garanties de sécurité alimentaire, sanitaire et sociale, si elle ne garde pas le contrôle sur une certaine part des biens et des services existentiels, alors elle ne dispose pas d’une vraie souveraineté.

– Assumez-vous l’étiquette de «souverainiste»?

– Ne glissons pas de «-isme» derrière chaque idée. Je suis socialiste et cela suffit! Je constate l’existence de monopoles naturels, qu’il est vain, en termes d’efficacité, de forcer à la concurrence. Si nous avions un seul réseau de téléphonie mobile, les antennes seraient moins nombreuses et le réseau meilleur. Le contrôle de ces monopoles naturels par la main publique garantit une sécurité à long terme qui favorise les investissements.

– Justement, vous préconisez un fonds d’investissement pour financer la modernisation et distribution d’énergie. Une sorte de plan de relance?

– Cela servirait de catalyseur de développement si l’on va vers un repli industriel. Swissgrid a besoin de milliards de francs pour moderniser et enterrer ses lignes. On sortira du nucléaire et c’est bien, mais si nous ne changeons pas de rythme en termes de financement et de légalisation des projets, je ne vois pas comment nous compenserons cette capacité de production. Nous avons du capital dans nos caisses de pensions qui pourrait trouver dans un tel projet plus de sécurité et plus d’utilité publique que dans bien des véhicules de placement utilisés actuellement. Parallèlement, il faut aménager un droit spécial, disons pendant une décennie, pour favoriser la légalisation des projets d’énergie renouvelable. Alors que 75% de la population veut des investissements massifs dans ce secteur, ce sont les 75% de voisins qui s’opposent à ces installations qui ont souvent le dernier mot. Il y a un vrai problème démocratique si le choix collectif ne peut s’imposer.

– Faut-il freiner la libre circulation?

– Si la situation économique tourne, elle se freinera d’elle-même! La grande masse des mouvements migratoires est liée à la demande économique. Il ne faut pas restreindre les possibilités légales de faire venir du monde, mais appliquer le droit en vigueur, en utilisant toutes les possibilités de contrôle et de sanction. Une vraie offensive contre le travail au noir consisterait à contraindre les employeurs à dédommager ceux qu’ils ont exploités. Ce serait le meilleur encouragement au retour possible et cela dissuaderait les employeurs d’en faire venir d’autres.

– On vous attend aussi dans le domaine de la santé…

– Sur le terrain, il y a un très gros problème: la raréfaction des ressources médicales hospitalières. Non seulement pour les généralistes, mais aussi pour certains spécialistes. On risque d’avoir d’un côté des médecins gagnant 1,5 million par an pour faire une médecine essentiellement diagnostique et technologique à un tarif administré exorbitant, de l’autre côté un manque de radiologues dans de grands hôpitaux de zone. Un centre de radio-oncologie, avec un investissement de 15 à 20 millions de francs, est amorti en trois ans. Comme par hasard, nous en avons trois en construction dans la région… Le bon sens serait de freiner l’offre et j’estime que les cantons sont plus capables de le faire que les assureurs.

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