Jean-Charles Brisard, spécialiste du terrorisme et coauteur d'un ouvrage sur la nébuleuse d'Al- Qaida, paye le prix d'une certaine obstination. Le Tribunal de police de Lausanne, où le Français s'est installé depuis 2003 comme consultant, vient en effet de condamner ce dernier à une peine pécuniaire de 10 jours-amendes avec sursis pour avoir calomnié la société DMI Administrative Services.

Le feuilleton judiciaire opposant DMI à Jean-Charles Brisard aurait pu s'achever il y a longtemps. Poursuivi après avoir mis en ligne son témoignage devant une commission du Sénat américain où il mettait en cause DMI Administrative Services, société basée à Genève, pour avoir participé activement au financement d'organisations terroristes, le consultant acceptait en mars 2006 de nuancer son propos. Déclarant ainsi qu'il n'avait jamais voulu laisser entendre que le groupe Dar-al-Maal Al Islami (DMI) ou ses entités aient pu de quelque manière que ce soit soutenir les auteurs d'attentats. Cette rétractation avait conduit à un retrait de plainte et à l'extinction de la procédure vaudoise.

C'était sans compter les nouvelles déclarations de Jean-Charles Brisard faites à plusieurs médias romands et tendant à expliquer les sens de ses rétractations tout en réfutant avoir commis une quelconque erreur dans les propos adressés au Sénat. Ces précisions ont entraîné deux nouvelles plaintes de DMI Administrative Services, celles qui ont finalement abouti à la condamnation du 9 mai dernier et dont les considérants ont été notifiés hier.

Nouvelle rétractation

Les deux parties ont trouvé un nouvel accord lors de l'audience du Tribunal. Jean-Charles Brisard a reconnu les faits et retiré «irrévocablement» toutes les déclarations faites au sujet du groupe DMI dans son ensemble, lequel «n'a en aucune manière financé le terrorisme ou participé au financement de celui-ci, directement ou indirectement».

Au vu de cette nouvelle rétractation, la société a renoncé à toutes prétentions civiles mais n'a pas retiré sa plainte. Le Tribunal de police, considérant que Jean-Charles Brisard avait fait acte de contrition, a condamné ce dernier à une peine symbolique. «C'est la première fois qu'un jugement sur le fond arrive à la conclusion que les propos tenus par ce monsieur étaient bien calomnieux», se félicite Me André Gruber, le conseil genevois de DMI Administrative Services. Il n'y aura pas de recours, précise de son côté le défenseur de Jean-Charles Brisard. Me Laurent Baeriswyl ajoute que son client a reconnu la fausseté des allégations et veut désormais «tourner la page».

Cette condamnation vient s'ajouter aux déboires successifs rencontrés par Jean-Charles Brisard ces dernières années.

Son mandat d'expert au service du Ministère public de la Confédération dans un dossier de financement du terrorisme lui avait été retiré en raison du peu de compatibilité avec son rôle d'enquêteur privé pour le compte des familles des victimes du 11 septembre engagées dans une action collective aux Etats-Unis.

Enfin, Jean-Charles Brisard avait également été poussé à rétracter les accusations formulées à l'encontre du financier saoudien Khaled bin Mahfouz pour mettre fin à des poursuites judiciaires en Grande-Bretagne et surtout éviter la ruine.