L’inauguration du Rolex Learning Center est bien plus qu’un symbole. Ce bâtiment spectaculaire est l’emblème architectural d’une profonde transformation de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Il exprime et explicite la vision d’un homme, Patrick Aebischer.

Lorsque ce chercheur en médecine accède à sa présidence, l’EPFL – il y a dix ans – se définit comme une école d’ingénieurs réputée et respectée pour ses domaines d’excellence. Mais elle est à un carrefour qui l’invite à aller plus loin encore. La conseillère fédérale Ruth Dreifuss et son secrétaire d’Etat à l’éducation et à la recherche, Charles Kleiber, lui offrent une formidable possibilité stratégique en pilotant d’une main de maître un nouveau partage des savoirs entre les Universités de Lausanne et de Genève. La physique, la chimie et les mathématiques de l’UNIL sont regroupées à l’EPFL (1998).

Dès sa nomination, en mars 2000, Patrick Aebischer annonce une seconde étape, tout aussi ambitieuse: l’entrée de l’EPFL dans les sciences de la vie dont la parenté avec les sciences de l’ingénieur apparaît alors comme artificielle et, disons-le, comme une forme d’OPA inamicale à l’égard des autres académies romandes. Au sein de l’EPFL, la vision de Patrick ­Aebischer est disputée; d’aucuns craignent un affaiblissement relatif des sciences de l’ingénieur au sein d’une école confrontée à la folle accélération de la recherche dans l’électronique, les technologies de l’information et l’informatique, qui convergent dans le sillage d’Internet.

Dans les laboratoires, on redoute les arbitrages budgétaires au profit des «dadas» du nouveau président. Mais patiemment, le plan du patron de l’EPFL se met en place et sa cohérence émerge au fil des réformes internes avec la création de facultés. L’EPFL change en réalité d’époque: elle passe d’une école d’ingénieurs à une université technologique, sur le modèle des grandes institutions américaines. Les frontières entre des disciplines autrefois cloisonnées sautent. C’est à leur intersection que naissent les idées et les innovations de demain, martèle ce président qui poursuit, en parallèle, ses propres recherches.

Cette vision est devenue aujourd’hui une évidence; elle ne l’était pas. Patrick Aebischer a su l’imposer grâce à son charisme et à des projets transdisciplinaires qui ont permis de rassembler et de médiatiser les domaines d’excellence de l’EPFL.

Le Learning Center est certes la nouvelle porte d’entrée de l’institut technologique lausannois mais il est bien plus que cela. Il doit devenir un lieu d’échanges sur un campus commun avec l’Université de Lausanne, formant ensemble une cité des savoirs unique en Europe. Un haut lieu de la connaissance dont le rayonnement et les succès constituent le socle de prospérité future de toute une région.