Quel avenir pour l'aéroport de Genève? Le Grand Conseil devrait décider la semaine prochaine s'il entend transférer à l'aéroport de Cointrin (AIG) la propriété de ses bâtiments, de sa piste et de son tarmac, qui appartiennent pour l'heure à l'Etat. Une question d'ordre technique, qui amorce cependant un débat plus large sur l'avenir de l'aéroport, et notamment sur sa privatisation éventuelle.

Un transfert à 154 millions

Le projet de loi qui occupera les députés lors de la prochaine session du parlement prévoit que l'Etat cède à l'aéroport la propriété de ses infrastructures, tout en restant le détenteur du terrain sur lequel elles sont construites.

L'aéroport, qui est devenu un établissement public autonome en 1994 et qui prend en charge tous ses travaux d'entretien et de rénovation depuis cette date, devra débourser 154 millions de francs. Un montant qui correspond à la valeur comptable des installations, soit la dette résiduelle qui reste à amortir.

Une valeur de référence qui ne fait pas l'unanimité chez les députés: certains estiment que le montant de la transaction aurait dû être beaucoup plus élevé. La valeur réelle de l'aéroport est en effet estimée à près de 850 millions de francs par l'Inspection cantonale des finances.

L'argument est balayé par le Conseil d'Etat, qui fait valoir qu'il ne s'agit pas d'une vente, mais d'un simple transfert interne à l'Etat. Et que si l'on exige de l'aéroport qu'il paie davantage, cela mettrait en péril sa bonne santé financière: il serait alors asphyxié. Une situation qui ne profiterait à personne, puisque l'AIG reverse chaque année au moins 50% de ses bénéfices dans les caisses cantonales. L'Etat percevra en outre un «loyer» de l'aéroport, puisqu'il reste propriétaire des terrains. Il s'élèvera à 4,5 millions par an.

Alors, s'il s'agit d'un simple jeu d'écriture comptable interne, quel est l'intérêt de l'opération? «L'aéroport gagnera en autonomie, relève Philippe Roy, son porte-parole. Lorsqu'il sollicitera un prêt auprès des banques pour financer son développement, l'aéroport pourra offrir ses immeubles en garantie. Pour l'instant, il entretient des installations qu'il ne possède pas.»

Quant à l'Etat, il encaissera les 154 millions de francs, qui doivent lui permettre de stabiliser sa dette et d'éviter qu'elle ne dépasse les 13 milliards.

Selon Philippe Roy, «c'est une opération où tout le monde est gagnant». Le projet de loi est en tout cas assez peu contesté au sein des partis gouvernementaux. Si elle note que son parti est divisé sur la question, la présidente du Parti socialiste, Laurence Fehlmann-Rielle, relève qu'«il est cohérent de donner à l'aéroport la maîtrise de ses immeubles. Mais il faudra être attentif à toute tentative de privatisation future».

Menaces de référendum

Un avis que ne partage pas le syndicaliste Rémy Pagani, qui brandit d'ores et déjà la menace d'un référendum. Pour cet ancien député de l'Alliance de gauche, «permettre à l'aéroport d'être plus autonome dans ses investissements, c'est un premier pas vers une privatisation». Il ajoute qu'il existe un projet de loi de la droite devant la Commission de l'économie du Grand Conseil «qui prévoit de faire de l'aéroport une société anonyme ouverte à des investisseurs privés».

Déposé il y a plusieurs années, le texte a pour l'heure été gelé par le Conseil d'Etat. Mais Pierre Weiss, le chef de groupe libéral, affirme qu'il garde toute sa pertinence et que son parti n'a pas l'intention de le retirer.

Le député précise cependant qu'il s'agit d'un autre débat. «Cela n'a rien à voir avec le transfert de la propriété de ses immeubles à l'aéroport, qui se fait dans le cadre de son statut actuel d'établissement public autonome. Mais les libéraux sont favorables à une privatisation partielle de l'aéroport. Il serait bon qu'à l'avenir le peuple se prononce sur la question. Je ne vois pas pourquoi la gestion d'un aéroport serait mieux assurée par le secteur public que par le privé».

L'Etat seul maître à bord

Pour le conseiller d'Etat radical François Longchamp, en revanche, il n'est pas question d'envisager une privatisation, même partielle: «L'Etat, et lui seul, veut garder le contrôle de l'aéroport de Genève. Il est le moteur de la prospérité genevoise, le canton lui doit notamment la force de sa place financière et son rôle de plateforme de négociation. Pour garantir la qualité de desserte actuelle et le maintien de taxes d'aéroport abordables, il doit rester un établissement public autonome.»

Pour le magistrat, il est donc exclu que, dans la foulée des transferts d'actifs, on envisage de changer le statut de l'AIG. Seul changement notable envisagé pour l'avenir par le Conseil d'Etat: une réforme de la gouvernance. «Le conseil d'administration sera réduit et je n'en assumerai plus la présidence, afin d'éviter tout conflit d'intérêts avec ma fonction de ministre de tutelle de l'aéroport», souligne François Longchamp.