Les Suisses l’ont connue en 2000, lors des Jeux olympiques de Sidney. Magali Di Marco glane une médaille de bronze lors du premier triathlon de l’histoire olympique. Dix-neuf ans plus tard, les Valaisans lui découvrent une autre casquette, celle de politicienne. L’ex-triathlète fait partie des huit candidats des Verts valaisans au Conseil national.

«Je suis une apprentie politicienne. Je n’ai pas d’expérience politique», souligne d’emblée la candidate. Si la transition entre le monde du sport et celui de la politique ne s’est pas faite du jour au lendemain – neuf années se sont écoulées entre l’arrêt de la compétition de haut niveau et la candidature aux élections fédérales – Magali Di Marco retrouve dans son engagement politique quelques similitudes avec son passé de championne: «En politique, comme en sport, il y a de nombreux défis à relever, mais également beaucoup d’obstacles. Avec mon caractère de sportive et de battante, j’ai besoin de me fixer des objectifs et d’avoir toujours de nouveaux défis à relever. A ce moment de ma vie, cela correspond assez bien à une éventuelle carrière politique.»

Magali Di Marco n’est pas la première sportive à se lancer en politique. Avant elle, le judoka Sergei Aschwanden, double champion d’Europe et médaillé de bronze aux JO de Pékin en 2008 notamment, ou le cycliste tessinois Rocco Cattaneo, ont rejoint le PLR avec succès, puisqu’ils siègent respectivement au Grand conseil vaudois et au Conseil national.

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Un véritable atout pour le parti

En Valais, les Verts draguent Magali Di Marco depuis plusieurs années, mais, pour plusieurs raisons, notamment professionnelles, il était trop tôt pour l’ex-triathlète de se porter candidate aux élections précédentes. «Notre objectif n’était pas d’avoir coûte que coûte une personnalité sur notre liste. Si nous nous sommes approchés de Magali Di Marco, c’est que nous avons identifié chez elle, au travers notamment de ses publications sur les réseaux sociaux, des valeurs identiques à celles de notre parti», explique Jean-Pascal Fournier. Le président des Verts valaisans ne cache toutefois pas que la candidature d’une personnalité comme Magali Di Marco, «un peu plus people», est un véritable atout pour son parti.

La notoriété de ces anciens sportifs offre une visibilité accrue à la liste électorale sur laquelle ils se trouvent. Ces candidatures permettent également d’élargir le cercle des potentiels électeurs du parti. Philippe Miauton, l’ancien secrétaire général du PLR Vaud, en a fait l’expérience en 2015, lors de la première campagne politique de Sergei Aschwanden, alors en lice pour le Conseil national. «Ces candidatures ouvrent l’aspect politique à des abstentionnistes ou à des personnes qui trouvent de l’intérêt à voter pour ce candidat en particulier, parce qu’elles le connaissent», souligne-t-il.

La notoriété comme déclencheur du vote

La notoriété d’une personne peut en effet inciter des électeurs à voter pour elle et plus largement à glisser dans l’urne la liste sur laquelle elle se trouve, reconnaît Lionel Marquis, chercheur au sein du Groupe de recherche sur les élections et la citoyenneté politique de l’Université de Lausanne. «Au moment de choisir les noms à inscrire sur leur liste électorale, de nombreuses personnes peinent à choisir leurs favoris, car elles ne s’identifient pas à un parti, observe-t-il. Elles sont prises au dépourvu. Pour prendre leur décision, elles ne vont pas prendre la peine de lire les programmes de formations politiques, mais vont plutôt utiliser des raccourcis d’information. La notoriété d’un ancien sportif peut être un élément déclencheur, qui incitera l’électeur à faire confiance au parti, qui se définit notamment au travers d’une personnalité qu’il apprécie.»

Le parti qui propose sur sa liste une personnalité tire donc profit de cette candidature. Mais ne faut-il pas, dès lors y voir, uniquement du marketing politique? «Il y a certainement un peu de cela, répond Lionel Marquis. Pour certains partis, c’est l’occasion de dépoussiérer leur image, en présentant des personnes jeunes, dynamiques et qui incarnent le succès. On peut aussi y voir une tentative de mobiliser les électeurs de moins de 30 ans, qui sont toujours plus nombreux que leurs aînés à bouder les urnes.»

Philippe Miauton analyse la situation sous un autre angle: «Quand on crée une liste pour une élection, on la veut le plus représentative possible de la population. On cherche à avoir des candidats de différentes professions, de différentes régions et bien sûr de genres différents, afin de représenter la diversité du canton. Les sportifs nous aident à diversifier les profils d’une liste, au même titre que toutes les autres personnalités, qu’elles soient issues du monde littéraire ou du monde musical par exemple.»

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«Je n’ai aucun scrupule à profiter de ma notoriété»

La notoriété acquise au fil des années par le candidat lui bénéficie également personnellement en politique. «Je n’ai aucun scrupule à profiter de ma notoriété, avoue Sergei Aschwanden. Quand d’autres s’amusaient, je suais dans une salle d’entraînement. Aujourd’hui, j’en récolte les lauriers.» Pour sa première campagne aux élections fédérales de 2015, l’ex-judoka a récolté 40 000 suffrages et terminé premier des viennent-ensuite sur la liste des libéraux-radicaux vaudois. Deux ans plus tard, il obtient un siège au parlement cantonal.

De son côté, Magali Di Marco reconnaît que «ça aide peut-être d’avoir un nom», mais elle est également consciente qu’elle ne fait plus la une des médias pour ses exploits sportifs depuis plusieurs années. «Il va falloir que je me fasse un nom en politique», glisse-t-elle. L’ex-triathlète a quatre mois et toute une campagne pour y arriver.