Vaud

Du squat lausannois au repaire de dealers

La police vient d’arrêter l’organisateur d’un trafic de drogue dans un squat au Mont-sur-Lausanne. Des activités illicites déjà repérées dans le précédent local occupé par le collectif Jean Dutoit

La spectaculaire descente policière dans l’ancienne halle de Switcher au Mont-sur-Lausanne, lundi dernier, a été fructueuse: 2,5 kilos de cocaïne ainsi que des milliers de francs et d’euros saisis dans cet entrepôt squatté. La police a également interpellé cinq migrants suspectés d’être impliqués dans le trafic de drogue. L’organisateur de ce trafic, un Nigérian de 28 ans, est désormais en détention provisoire, indiquait mercredi la police cantonale.

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L’intervention, qui a mobilisé 180 policiers, n’a pas été menée au hasard: la police avait des soupçons depuis des mois déjà. Grâce à une enquête de longue haleine, elle a appréhendé depuis le début de l’année des dizaines d’individus s’adonnant au deal et appartenant au même groupe de squatters.

Mécanisme connu

«Les grossistes viennent s’approvisionner dans les squats pour ravitailler les revendeurs dans la rue, c’est un mécanisme connu», explique Jean-Christophe Sauterel, porte-parole de la police vaudoise. L’ancienne halle de la marque de vêtements Switcher, qui appartient à la Banque cantonale fribourgeoise (BCF), est occupée sauvagement depuis début octobre par l’énigmatique collectif Jean Dutoit. Ce groupe avait dû quitter son précédent squat, au chemin des Sauges, près de l’aérodrome de la Blécherette, «la convention signée avec le propriétaire de l’immeuble arrivant à son terme le 30 septembre 2018», ainsi qu’il l’explique sur sa page Facebook.

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Créé en 2015 au plus fort de la vague migratoire vers l’Europe, ce collectif est formé d’une centaine de migrants et d’une trentaine de bénévoles de la région. Il soutient ses membres africains en leur cherchant un toit, d’où le nom de Jean Dutoit, derrière lequel ses membres dissimulent leur identité. Dans un «rapport 2017», ce groupe justifie son action comme une alternative au «système déshumanisant» de l’aide d’urgence offerte aux requérants déboutés. Or, en renonçant à cette aide, les migrants se retrouvent à la rue et certains s’adonnent au trafic de drogue pour survivre.

Les squats de la région lausannoise sont-ils devenus des repaires de dealers? Dans ses publications officielles, le collectif Jean Dutoit affirme qu’il ne tolère pas le deal sous son toit. Les résidents du squat surpris en train de vendre de la drogue «dans la maison, autour de la maison et dans tout le quartier adjacent, y compris à proximité des arrêts de transport public voisins» sont exclus du collectif, est-il même stipulé. Des directives dont l’application semble des plus lâches, au vu des récentes opérations policières.

Autorités peu inquiètes

Malgré la razzia antidrogue de lundi, la commune du Mont-sur-Lausanne ne s’inquiète pas. Les occupants du squat sont «très discrets, ils ne posent pas de problèmes d’ordre public», dit Jacques Marchand, le municipal chargé de la Sécurité, qui «habite juste à côté». Un stand de tir et un cabinet vétérinaire du voisinage se disent néanmoins préoccupés par cette présence, concède le responsable. Depuis, un agent de la police cantonale fait le guet.

Mais maintenant que le trafic de drogue est avéré? «Nous sommes attentifs à ce problème et travaillons étroitement avec la police cantonale», répond Jacques Marchand. Une rencontre hebdomadaire est prévue. «L’arrivée des occupants a été très soudaine, nous avons été mis devant le fait accompli», relève le conseiller municipal. La commune n’a pas eu de contact direct avec le collectif, à part une lettre dans laquelle celui-ci se plaint, avant la descente de lundi, des fréquents contrôles de la police cantonale. «Si les squatters devenaient un danger pour la population, nous porterions plainte», assure l’édile.

Le catalogue des squats lausannois

La ville de Lausanne est sensible à la question des squatters. «Nous sommes ouverts à d’autres modes d’habiter», dit Natacha Litzistorf, la municipale écologiste chargée du Logement, pour qui la politique lausannoise n’est pas permissive: «Nous posons un cadre clair pour ces formes de vie alternatives», explique-t-elle.

Actuellement, six squats lausannois sont liés contractuellement à la ville, qui leur prête des locaux inutilisés et souvent en mauvais état. La drogue ne semble pas y être un problème saillant, au dire des autorités. Etablis au nord ou au sud de la ville, les collectifs qui les gèrent sont très «hétéroclites», selon la directrice du Logement, qui les rencontre de temps à autre. Elle constate que la plupart sont très bien organisés et proposent beaucoup d’activités: cours de jardinage (collectif de la Bourdache), aide au français pour les migrants, projets artistiques (collectif Saint-Martin), coup de main aux paysans en échange de nourriture (collectifs de la Grange aux Plaines-du-Loup et du Châtelard). Il y a également les Crétins des Alpes, aux Prés-de-Vidy, des marginaux d’âge moyen, un peu plus repliés sur eux-mêmes.

Le cas spécial Jean Dutoit

Contrairement aux idées reçues, certains squats ne sont occupés qu’en journée, ajoute Natacha Litzistorf. Ce ne sont pas des lieux d'habitation, mais de solidarité.» Si les contacts avec les squatters sont plutôt bons, «le dialogue face à face n’est pas toujours aisé». C'est le cas avec l’Espace autogéré, à César-Roux, qui maintient toutefois les liens par courriels. 

Le collectif Jean Dutoit semble constituer une exception par rapport à cette liste d'interlocuteurs de la Ville: ni la municipale du logement ni un autre membre de l'exécutif lausannois n'estime être en charge des relations avec ce groupe sur lequel la razzia antidrogue de lundi ramène l'attention. 

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