Salades, laitues, radis, choux pomme, oignons, patates… A l’emplacement du futur stade de Lausanne, aux Prés-de-Vidy, les jeunes jardiniers du collectif Bourdache font pousser des dizaines de légumes. Ils ont pris racine il y a un mois et demi, à la place des anciens jardins familiaux évacués par la Ville l’an dernier dans le cadre du projet Métamorphose. Certains chalets avaient été transportés par hélicoptère vers leur destination, quelques centaines de mètres plus loin.

«Dans les faits, c’est un squat de potager», sourit Julien*, l’un des membres du collectif. Leur but: utiliser le terrain laissé vide – car les travaux n’ont pas encore commencé – et vendre leurs paniers aux voisins pour quelques francs. «A peine de quoi rembourser les graines et les outils», ajoute une jardinière, sous un soleil de plomb.

Le projet Métamorphose avait été accepté en votation populaire, malgré l’opposition d’une partie de la population. Mais le but de ce potager n’est de loin pas de protester face au projet ou au futur stade. «Nous sommes sensibles aux problématiques d’agriculture, à la manière de cultiver, ajoute Julien. Dans la balance économique, il n’y a pas assez de réflexion sur la qualité, sur la valeur de la terre.»

Ce qui manque, c’est surtout l’eau. D’une part à cause de la sécheresse de ces derniers mois. «Mais aussi parce que le réseau n’est plus utilisable.» Aux alentours, malgré tout, la nature a repris ses droits depuis le départ des anciens jardiniers. Les fleurs poussent en abondance. Idem pour les fraises, les raisinets, les framboises et le romarin. «Il y a même des figues et des kiwis!»

Ruines romaines

Ces jardiniers pas comme les autres ont envoyé un courrier à la municipalité pour l’informer. Les autorités n’ont pas l’intention de les déloger, note le libéral-radical Olivier Français, conseiller municipal à la tête des Travaux. «Nous n’allons pas faire une affaire politique pour trois tomates et quatre choux.»

Mais, rappelle-t-il, des fouilles archéologiques auront lieu dès ce printemps. La région regorge de ruines romaines, dont certaines sont encore visibles à Vidy. «Cela nécessitera une destruction du bâti», ajoute l’élu. Le promoteur pour la construction du futur stade sera désigné en 2012. * Prénom fictif.