Service public

La SSR échappe aux scénarios du pire

Un plafonnement de la redevance radio-TV aurait contraint la RTS à sacrifier l’un de ses deux sites, Genève ou Lausanne, de même que plusieurs bureaux régionaux. Face à cette perspective, les partis serrent les rangs derrière la SSR, sauf l’UDC

Suppression de 800, voire 1800 emplois à la SSR selon la variante choisie: en découvrant les conséquences qu’aurait un plafonnement à un milliard, voire à 750 millions, de la redevance radio-TV, les membres de la Commission des transports et des télécommunications (CTT) du Conseil national ont soudain reculé. Même s’ils s’étaient jusqu’ici montrés très critiques envers la SSR, ils ont renoncé, mardi 4 juillet, à opposer un contre-projet à l’initiative «No Billag». La plupart des membres PLR, dont les Romands Hugues Hiltpold et Frédéric Borloz, n’ont plus suivi l’UDC.

Contrairement au Conseil des Etats, qui reste un bastion fidèle au service public audiovisuel, le Conseil national est prêt à lui enlever certaines de ses missions pour les confier exclusivement aux médias privés. C’est la raison pour laquelle sa commission – que préside Natalie Rickli (UDC/ZH) – avait demandé un rapport complémentaire à l’Office fédéral de la communication (Ofcom) avant de se pencher sur l’initiative «No Billag», qui veut priver la SSR de toute redevance.

Menaces sur la RTS

Mine de rien, ce rapport, qui devait étudier deux variantes, a fait l’effet d’une petite bombe au sein de la CTT. Dans le premier scénario, la conclusion paraît certes plutôt rassurante avec un budget qui se chiffrerait encore à 1,3 milliard compte tenu des recettes publicitaires: «La SSR pourrait continuer à assumer sa mission de service public généraliste s’adressant à tous les publics de toutes les générations.»

Mais à y regarder de plus près, c’est le choc: 800 postes supprimés dans tout le pays, dont un tiers en Suisse romande, qui touche 33% de la redevance. «La RTS ne pourrait garder qu’un seul site de production», déclare Daniel Steiner, le responsable des médias de la SSR, en s’empressant de préciser qu’aucun choix n’a été arrêté entre les sites actuels de Genève et de Lausanne. De plus, la RTS devrait fermer ses bureaux régionaux de Delémont, de Fribourg, de Moutier et de Sion. Ce n’est pas tout. Dans le domaine de la télévision, la proportion de productions propres chuterait de 15 à 11%. Tout le contraire de ce que réclame le Conseil fédéral à la SSR dans son rapport de juin 2016, lui qui veut plus de «Swissness».

L’UDC isolée

Quant au deuxième scénario, il est encore plus brutal, se traduisant par une baisse de 630 millions par rapport au budget de 2016. «Dans ce cas, la SSR ne pourrait plus être financée dans sa structure actuelle et l’entreprise devrait être totalement réorganisée», note l’Ofcom dans son rapport. L’offre actuelle – 17 programmes radios, 7 chaînes TV et 5 offres en ligne – diminuerait sensiblement. Ces coupes draconiennes déboucheraient sur une inévitable centralisation. «La nouvelle SSR devrait probablement opérer depuis un seul site principal et desservir les régions linguistiques avec des bureaux régionaux uniquement, variante qui permettrait d’économiser 290 millions de francs.»

Que la CTT du Conseil national rejette l’initiative «No Billag», c’était attendu. Qu’elle ait renoncé à lui opposer un contre-projet est en revanche plus surprenant, d’autant plus que lors de la votation décisive, celle du «compromis du compromis» proposée par le Vert’libéral Jürg Grossen, la SSR aurait encore disposé de 1,1 milliard de redevances et de recettes publicitaires d’environ 300 millions. «Nous nous sommes vite rendu compte que les régions linguistiques minoritaires seraient les premières victimes des deux variantes, qui aboutissent à une centralisation de la SSR», note Martin Candinas (PDC/GR). «Au niveau culturel, les conséquences auraient été catastrophiques. La SSR n’aurait plus pu assurer la même qualité de prestations dans les trois régions linguistiques», ajoute Jacques-André Maire (PS/NE).

La SSR toujours sous pression

Quant à Hugues Hiltpold (PLR/GE), il précise que le grand mérite du rapport complémentaire est d’avoir révélé les conséquences concrètes de la réduction du budget de la SSR. «Je me suis aperçu que les coupes n’étaient pas si indolores que cela», admet-il. Lui qui avait soutenu la demande du rapport complémentaire s’est cette fois distancié d’une UDC soudain très isolée. «Le rôle de la SSR en tant que facteur de cohésion nationale doit être garanti», insiste-t-il.

Le PLR genevois précise cependant qu’il continuera de se battre pour que les médias privés puissent exister à côté de la SSR. Selon lui, il sera encore temps de plafonner la redevance à 1,2 milliard dans la future loi sur la radio-TV prévue pour 2019 et d’en augmenter la part destinée aux radios et TV privées de 6% à 8 ou 9%.
La SSR a évité deux scénarios cauchemardesques. Mais elle restera sous haute pression.

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