Pour assainir ses finances, victime à son tour de la récession, la SSR lance une fusée à trois étages. Elle propose une série de mesures qui ont pour but d’améliorer sa situation de 500 millions d’ici à 2014, au rythme de 100 millions en moyenne par année.

Le premier étage est déjà parti. Le conseil d’administration, qui, au passage a pris acte du départ à la retraite de son directeur général Armin Walpen et de son adjoint Daniel Eckmann, pour le 31 décembre 2010, a avalisé le premier train de mesures lundi. Il espère geler les salaires en 2010, compte renoncer au remboursement de la redevance pour les bénéficiaires de rentes, vendre des immeubles, supprimer ou réduire différents partenariats médias (dont la Rose d’Or), abandonner RSR-Info, arrêter l’émetteur OM de Sottens, économiser sur les prestations de swissinfo et économiser sur les grandes manifestations sportives. Cette première tranche pourrait permettre d’économiser 30 millions.

Elle ne suffira pas. Pour la suite, la SSR va mettre les autorités politiques sous pression. Comme le prévoit la nouvelle loi, elle va soumettre au Conseil fédéral un état de ses besoins financiers futurs et attend de lui qu’il dise comment il propose d’équilibrer les comptes du radio-télédiffuseur national. Comme l’ont expliqué les responsables de la SSR mardi à Berne, le Conseil fédéral et le parlement peuvent agir sur les recettes. Ils peuvent décider d’autoriser l’entreprise à faire de la publicité et du sponsoring sur Internet, ce qui améliorerait ses recettes. Ils peuvent aussi subventionner les prestations que la SSR fournit à l’étranger, le sous-titrage pour les malentendants et les mesures pour les malvoyants ou prendre à sa charge la redevance dont sont exonérées les personnes au bénéfice de prestations complémentaires. Ils peuvent aussi décider d’augmenter la redevance. Selon Jean-Bernard Münch, président du conseil d’administration de la SSR, les besoins financiers équivaudraient à une augmentation de 4%.

Mais les autorités politiques peuvent aussi décider de demander à la SSR de diminuer ses coûts en renonçant à certaines prestations. C’est là qu’intervient le deuxième étage de la fusée. L’entreprise a catalogué ce qu’elle pourrait remettre en question si les moyens financiers se révèlent insuffisants. L’adaptation des salaires au renchérissement pourrait être limitée à 50% dès 2011. Le personnel de l’entreprise pourrait être prié de payer la redevance. Le programme haute définition (HD Suisse), fer de lance de l’entreprise, pourrait être réduit. La SSR pourrait envisager son retrait d’Euronews. D’autres partenariats (Estival Jazz, Festival du film de Locarno), pourraient être abandonnés. Les économies pourraient s’élever à 22 millions.

Et, en cas de besoin, un troisième étage pourrait être lancé. Il serait le plus douloureux, notamment parce qu’il passerait par l’abandon de certains programmes, comme Option Musique, TV5 ou HD Suisse. La masse salariale serait aussi touchée. Ce troisième niveau correspondrait à une économie de 37 millions, mais pourrait toucher jusqu’à 80 postes.

L’heure des choix a sonné à la SSR, qui en profite pour rappeler aux autorités politiques qu’il leur appartient de définir le cadre des prestations que le diffuseur national doit assurer en fonction de son mandat et de sa concession. Et c’est aussi à elles de dire quels moyens financiers elle veut donner à la SSR. On est parti pour des mois de marchandages serrés.

Le Syndicat suisse des mass media (SSM) digère mal ce paquet d’économies. Il combattra ces mesures, a indiqué à l’ATS sa présidente Barbara Büttner.

Le gel des salaires prévu par la SSR est «relativement démotivant», a précisé la syndicaliste. Les employés sont déjà déroutés par le projet de convergence des médias, et les économies de 12 à 20 millions de francs qui lui sont liées. C’est pourquoi le SSM luttera contre le paquet présenté mardi.

Mme Büttner espère que le Conseil fédéral enverra un «signal positif». Le gouvernement est invité à donner son feu vert à une augmentation de la redevance après 2010 ou à de la publicité sur les sites internet de la SSR, afin de gonfler les recettes. Dans le cas contraire, le SSM craint des licenciements. Le conseil d’administration du groupe s’est d’ores et déjà prononcé dans ce sens, a souligné la syndicaliste.