Un peu plus de trois mois pour trouver un compromis. Ces jours, SSR et représentants des éditeurs ont reçu un courrier du département de Doris Leuthard, qui repousse l’échéance des discussions à fin mars. Le diffuseur public et les groupes de presse s’écharpent depuis des mois à propos de la publicité sur les sites internet des chaînes publiques, que demande la SSR.

Voulue par un Moritz Leuenberger qui ne désirait pas trancher d’emblée, cette négociation devait aboutir à la fin de cette année. Mais les positions marquées des deux camps – du côté de la presse, d’aucuns ont parlé d’«impasse» – figent, à ce stade, la situation. Au point qu’un éditeur alémanique a comparé ce débat à «un boucher et un cochon discutant de la manière de faire du jambon».

Les manœuvres avancent toutefois un peu, le directeur de la SSR, Roger de Weck, ayant posé cinq cartes sur la table, ce qu’évoquait récemment la NZZ am Sonntag. Entre autres, la SSR propose d’offrir des contenus vidéo ou audio aux sites des éditeurs – tout en y maintenant d’éventuelles publicités précédant les séquences, à son profit; elle se dit prête à céder une partie de ses recettes à une «fondation pour le journalisme online», soutenant la formation professionnelle; ou elle entre en matière sur une «autolimitation» de l’offre de ses propres sites…

La publication de ces scénarios, vue comme une fuite organisée, n’a guère réchauffé les éditeurs, qui jugent ce mouvement tactique «peu élégant et peu fair-play, s’agissant de la confidentialité des négociations», dit Daniel Hammer, secrétaire général de l’association des éditeurs romands Médias suisses.

Douce SSR, durs éditeurs?

Des groupes de travail communs, composés d’experts, ont été mis sur pied. Estimant qu’il n’a «pas davantage à communiquer à ce stade des négociations», le diffuseur public ne commente pas plus avant. Son porte-parole, Iso Rech­steiner, confirme néanmoins l’intitulé des domaines des groupes de travail: la publicité en ligne, l’autolimitation et la «coordination», c’est-à-dire l’hypothèse d’une alliance pour la circulation des contenus, comprenant aussi l’agence ATS.

La partie qui va se jouer est serrée. Et si la SSR peut rebuter certains par son avidité à ramasser encore quelques millions de francs sur le marché publicitaire en sus d’une douillette redevance, elle se donne à présent l’image de l’interlocutrice la plus disposée à négocier. Laquelle se heurterait à une clique d’éditeurs agrippés à la situation existante, affolés par la récession à venir et, donc, droits dans leurs bottes de Neinsager. «Nous sommes tout à fait conscients que le politique nous demande d’aboutir, et nous sommes ouverts au dialogue», assure Daniel Hammer. Il met en avant la proposition, lancée par son camp, de solliciter un médiateur. Aucun nom n’a été évoqué, mais les groupes de presse ont jugé qu’une personnalité neutre serait plus à même de démêler l’écheveau. «Inutile», juge la SSR. Iso Rechsteiner précise: «Recourir à un médiateur fait sens quand les deux parties ne peuvent plus parvenir à un accord. Nous avons l’impression qu’une solution est possible sans une telle intervention.»

Peut-être. Le 21 décembre, le Conseil des Etats rejettera sans doute une initiative parlementaire exigeant de confirmer l’interdiction de la publicité sur les sites SSR. Pour laisser encore un peu de temps à ces deux camps si éloignés.