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Gilles Marchand, directeur général de la SSR.
© PETER KLAUNZER / Keystone

«No Billag»

SSR, le grand tabou du plan B

Pour des raisons tactiques, les dirigeants de la SSR se refusent à envisager un plan de sauvetage en cas d’acceptation de l’initiative «No Billag». Avec le risque que d’autres le fassent à leur place

C’est un mot tabou au siège de la SSR à Berne. «Il n’y a pas de plan B», jure le directeur général de la SSR, Gilles Marchand, dans l’hypothèse d’un oui à l’initiative «No Billag» le 4 mars prochain. Selon lui, la SSR n’aura alors pas d’autre choix que de préparer sa liquidation, qui interviendrait en 2019. Ce n’est pas du tout l’avis de certains spécialistes des médias et des éditeurs.

Le 9 novembre dernier, Kurt W. Zimmermann, ancien rédacteur en chef de la SonntagsZeitung et président de TV3, a lancé un pavé dans la mare dans la Weltwoche. Il affirme qu’il n’y a pas lieu de s’alarmer en esquissant un scénario catastrophe pour la SSR en cas d’acceptation de l’initiative. Selon lui, il est possible d’élaborer un plan B qui pourrait générer jusqu’à 1,2 milliard de recettes, alors que le budget actuel se monte à 1,6 milliard.

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Marchand, «capitaine de beau temps»

M. Zimmermann, l’un des doyens des médias suisses, n’est pas tendre envers le nouveau directeur général de la SSR, Gilles Marchand. «Le devoir d’un manager est de préparer son entreprise à toutes les éventualités. Actuellement, Gilles Marchand ne fait pas son travail en ne préparant pas de plan B. Il est comme le capitaine d’un navire de beau temps qui refuse d’envisager le scénario d’une tempête, à savoir l’acceptation de l’initiative», déclare-t-il au Temps.

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Reste à savoir comment Kurt W. Zimmermann parvient à ce budget somme toute très élevé compte tenu du fait que la redevance – qui génère 1,2 milliard de recettes – serait supprimée. D’abord, il estime que 25% des auditeurs et téléspectateurs accepteraient de s’abonner à ses programmes, ce qui produirait encore 310 millions de rentrées. Ensuite, il fait remarquer que la SSR serait beaucoup moins corsetée en matière de publicité. Pour la TV, elle pourrait toujours drainer 300 millions: la diminution de l’audience serait compensée par la suppression des contraintes actuelles sur la longueur des blocs et sur l’interdiction d’interrompre des émissions. La SSR verrait aussi s’ouvrir de nouveaux boulevards dans la radio et sur ses sites web.

La SSR est probablement en train d’élaborer un plan B, mais je peux comprendre qu’elle ne le rende pas public

Peter Wanner, propriétaire du groupe AZ Medien et vice-président de l’association des éditeurs alémaniques Schweizer Medien, ne croit pas non plus au scénario catastrophe en cas de oui. Le parlement devrait alors rédiger une loi d’application. «Aux Chambres fédérales, il existe une claire majorité pour que la SSR survive, ainsi que l’a montré leur vote contre l’initiative «No Billag», confie-t-il.

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Le patron argovien se montre moins critique envers Gilles Marchand. «La SSR est probablement en train d’élaborer un plan B, mais je peux comprendre qu’elle ne le rende pas public.» Peter Wanner estime qu’au moins un tiers, voire 50%, des ménages continueraient à s’acquitter volontairement d’une redevance. Avec les recettes publicitaires, la nouvelle SSR pourrait disposer d’un budget proche d’un milliard de francs. «Elle devrait se redimensionner pour ne plus assumer que ses véritables tâches de service public, sans faire ce que les privés font déjà», souligne-t-il. Sur un point important, l’initiative «No Billag» ne le convainc pas du tout: le système d’enchères pour les concessions. Qui déciderait, qui empocherait l’argent? «Cette option ne fonctionnera pas.»

Un problème de liquidités immédiat

Kurt W. Zimmermann et Peter Wanner sont des Alémaniques. Pour un cadre de la SSR, c’est bien là le problème: «Tous les gens qui font des calculs commerciaux viennent du triangle d’or économique de la Suisse alémanique. Ils sont beaucoup trop optimistes et leurs prévisions relèvent du fantasme. En fait, en excluant toute aide publique, l’initiative «No Billag» est si extrémiste qu’on ne peut pas faire de plan B», fait-il remarquer. A la tête de l’entreprise, le discours reste le même: «En cas de oui le 4 mars, nous aurions immédiatement un problème de liquidités, car de nombreuses personnes ne paieraient plus la redevance», note le directeur de la communication de la SSR, Edi Estermann. La SSR devrait commencer par établir un vaste plan social pour une bonne partie de ses 6000 employés, ce qui risquerait fort de la mettre en faillite.

«Les personnes qui cherchent des plans B sont des menteurs qui en réalité veulent la mort de la SSR», s’agace le conseiller national Matthias Aebischer (PS/BE), un ancien présentateur vedette de la TV alémanique. «C’est l’idée suisse de la SSR, soit un projet national respectant les minorités et les régions périphériques, qui est en jeu le 4 mars prochain», ajoute-t-il.

Les Romands plus sceptiques

En Suisse romande, les spécialistes des médias partagent ces craintes. Tibère Adler, directeur romand du laboratoire d’idées Avenir Suisse et ancien directeur général d’Edipresse jusqu’en 2011, note que la SSR aurait un gros défi à relever. «L’acceptation de l’initiative ferait exploser l’actuelle SSR, qui devrait totalement se réinventer sur la base d’un projet beaucoup plus commercial. Les régions minoritaires seraient les premières victimes de cette restructuration.»

Lire également: Face à «No Billag», un Röstigraben au sein des éditeurs

Certes, tout ne s’effondrerait pas pour la SSR le 4 mars en cas d’acceptation de l’initiative. Mais il faut reconnaître que, dans sa version pessimiste, le plan B fait peur. «En tenant compte de recettes publicitaires en baisse du fait de la perte d’audience, la SSR pourrait compter sur un budget de 300 à 500 millions de francs, soit moins d’un tiers du budget actuel. C’est peu, très peu. Cela suffirait tout au plus pour offrir une chaîne TV d’information brute dans chaque région linguistique, du genre de celle de BFM TV en France», relève le vice-président de l’association faîtière Communication Suisse, François Besençon, qui précise: «Cela n’aurait plus rien à voir avec les chaînes généralistes d’aujourd’hui, qui offrent du magazine, des documentaires, du sport et du divertissement.»

Pour Gilles Marchand, le dilemme est cruel. En avouant un éventuel plan B, il risque de doper le score de l’initiative. Mais, en ne tablant que sur le plan D comme «démantèlement», il s’expose à ne pas être cru, comme l’indique le dernier sondage paru. Les gens admettent aimer les contenus de la SSR tout en donnant une majorité à «No Billag».

Dossier
La controverse «No Billag»

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