Redevance

La SSR multiplie les gestes pour apaiser les médias privés

A quelques mois de la votation sur l’initiative «No Billag», la SSR tente d'apaiser les médias privés, qui ont longtemps décrié son omniprésence dans le paysage audiovisuel helvétique

Les conseillers fédéraux donnent en principe leur première conférence de presse après cent jours. En tant que nouveau directeur général de la SSR, Gilles Marchand n’a pas attendu une semaine après son entrée officielle en fonction pour présenter ses priorités et sa nouvelle équipe. A quelques mois d’une votation capitale pour la SSR, il sait qu’il doit convaincre vite.

La bataille – à remporter au printemps ou en été prochain – est celle de l’initiative «No Billag», qui veut supprimer toute perception d’une redevance radio-TV. L’enjeu est crucial, car cette redevance rapporte 1,2 milliard de francs par an et couvre ainsi les trois quarts du budget de la SSR. Certes, les deux Chambres fédérales ont cette année refusé cette initiative sans lui opposer de contre-projet. Mais en votation, tout danger n’est pas écarté pour le service public.

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Un débat «normal et bienvenu»

Dans cette perspective, Gilles Marchand a montré le cap. Dans un premier temps, il veut avant tout apaiser la relation avec les médias privés, qui ont beaucoup chahuté la SSR ces dernières années, l’accusant de les «étouffer» par son omniprésence dans le paysage audiovisuel helvétique. «La redevance nous confère des avantages, mais aussi des devoirs envers les autres acteurs du marché», a admis Gilles Marchand. Concrètement, la SSR multiplie les collaborations: elle met à disposition des privés des vidéos d’actualité gratuites, qu’ils peuvent utiliser sur leur propre site et diffuser sur les réseaux sociaux. Elle offre aussi ses bulletins d’information aux radios régionales. Elle annonce également des coopérations avec les hautes écoles dans le domaine de l’innovation.

«Le débat sur le service public est normal et bienvenu», a déclaré Gilles Marchand. Pour le lancer, la SSR promet d’aller à la rencontre de la société dans son ensemble. Elle lance dès l’an prochain le projet «Médias et société», dont les contours restent encore flous. Elle l’a confié à la nouvelle suppléante du directeur général, Ladina Heimgartner, une jeune femme de 37 ans qui a rejoint le service public voici dix ans. Après avoir travaillé au service culturel du Bündner Tagblatt, celle-ci est entrée à la RTR, l’antenne romanche de la SSR, où elle a fait toutes ses classes pour en devenir la directrice en 2014. «Je veux être à l’écoute de toutes les sensibilités de la société, y compris des minorités étrangères», confie Ladina Heimgartner. Autre priorité: «participer au développement du service public sans se contenter de maintenir les acquis».

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«Une autre Suisse»

La SSR dispose désormais de six à neuf mois pour convaincre non seulement un public qui lui reste fidèle malgré des grognes occasionnelles, mais aussi la «génération Netflix», celle qui ne veut payer que pour des contenus qu’elle consomme, celle aussi qui a grandi dans la conviction que l’information était désormais gratuite.

Et si c’était oui à l’initiative «No Billag», la Suisse s’effondrerait-elle vraiment, ainsi que le laisse entendre la SSR? Cette question que pose l’UDC, dont une majorité des élus à Berne a décidé de soutenir l’initiative à défaut de contre-projet, a le don de titiller Gilles Marchand. «Nous aboutirions à un désert médiatique qui condamnerait non seulement la SSR dans sa mission d’émetteur assurant un service de même qualité dans les quatre régions linguistiques, mais aussi 34 émetteurs radio et TV privés qui dépendent en grande partie de la redevance. La Suisse deviendrait un autre pays.»

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