«Ni overdose, ni désintérêt.» Gilles Marchand, le directeur de la Télévision suisse romande (TSR), avait l'air persuadé mercredi d'avoir trouvé, avec ses collègues de la radio, le juste milieu pour assurer le traitement des élections fédérales.

Des heures de débats entre partis ou candidats, des journaux de campagne réguliers sur les ondes comme à l'écran, des sites d'actualités sur le Net et des émissions plus légères déferleront dès cette semaine dans les foyers suisses. Grâce à l'interactivité de ses programmes et leur calquage sur des succès populaires (Desperate Housewives par exemple, lire ci-contre), la SSR espère mobiliser les citoyens qu'elle ne touche pas d'ordinaire. Enrichie par rapport à 2003, l'offre de la SSR en vue des fédérales d'octobre paraît déjà suspecte.

Des tribunes, mais encore

Ueli Leuenberger ouvrira les feux la semaine prochaine en participant à l'enregistrement de la première émission de politique réalité de la Radio suisse romande (RSR), Génie Suisse (lire ci-contre). Et pourtant, le vice-président des Verts conserve un regard critique sur la grille électorale du diffuseur. «Je suis tout à fait favorable à ce qu'on développe de nouveaux moyens pour intéresser les gens à la politique, mais il ne suffit pas de donner des tribunes aux politiciens, il faut aussi mener un travail d'analyse», confie l'élu qui monte depuis que son parti en fait autant.

Du spectacle au lieu du débat? Non, répondent en chœur Gilles Marchand et son homologue de la radio, Gérard Tschopp. Ils préfèrent tous deux parler d'une couverture originale mais journalistique des élections. Un traitement de l'information qui démontrerait «que la politique n'est pas ennuyeuse, même en Suisse». D'ailleurs, trois quarts des émissions demeurent des débats préélectoraux classiques.

Stop aux réguliers des ondes

Reste que l'offre très étoffée de la SSR est synonyme de vitrine pour les politiciens en campagne. Par souci d'égalité de traitement, la RSR et la TSR choisissent eux-mêmes les candidats «au casting» de leurs émissions et ne se les feront plus imposer ou proposer par les partis, explique Gérard Tschopp. Une méthode qui laisse penser que les incontournables bons parleurs et réguliers des débats radiotélévisés devront aussi céder la politesse à d'autres. Aux femmes par exemple, à qui le service public a décidé d'accorder une place d'importance ces prochains mois.

Malgré ces soucis d'équité, les stars des débats romands seront de la partie. Ce sera notamment le cas du président des PDC, Christophe Darbellay, qui s'enfermera lundi aux côtés d'Ueli Leuenberger et de quelques autres élus. Grand pourfendeur de la hausse de la redevance réclamée en début d'année par la SSR, le Valaisan semble être de retour dans les bons papiers de la maison. Ce qui fait dire à certains que la grande opération de mobilisation relève davantage de la séduction ou plutôt de la reconquête des politiques après les frictions des derniers mois. Christophe Darbellay réfute la critique. «La SSR se contente de faire son travail, tout particulièrement après les forces qu'elle a investies dans le traitement des élections françaises», déclare-t-il. Mais le président du PDC ne baisse pas pour autant sa garde vis-à-vis de la grande maison. Il a commandé un monitoring pour calculer les temps d'antenne des différents partis ces derniers mois. «Intéressant», se contente-il de commenter pour l'instant, car il réserve la primeur de l'analyse des résultats au service public.