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La SSR ulcère les cantons en concentrant ses équipes à Zurich et Lausanne

La RTS pense transférer, à l’horizon 2024, ses journalistes dédiés à l'actualité à Lausanne. Pure vision d'avenir, nuance le directeur Pascal Crittin; mais le Conseil d'Etat genevois proteste avec véhémence. En Suisse alémanique, quelque 170 personnes de la radio passeront de Berne à Zurich

Six mois après le vote sur la suppression de la redevance, la SSR prend des mesures plus brutales qu’annoncé. Réuni ce mercredi, son conseil administration, que préside le Valaisan Jean-Michel Cina, a décidé le transfert d'une importante partie de la radio alémanique de Berne à Zurich.

Ce mercredi aussi, la direction de la RTS a présenté un plan prévoyant le déplacement de la division TV dite «actualité» de Genève à Lausanne.

La colère des ministres genevois

Le Conseil d’Etat genevois «déplore» cette décision. Le gouvernement a communiqué sa réaction avant même les communications officielles de la maison-mère SSR et de la RTS. Il indique que les téléjournaux seront réalisés à Lausanne, «ainsi que des émissions d’actualité», à l'horizon de 2024. Les ministres genevois relèvent que «cette mutation privera notre canton d’une activité historique. Elle réduira le personnel actif dans la tour RTS et potentiellement aussi l’emploi alentour.» A Genève resteront les sports et les magazines tels qu'A bon entendeur ou Temps présent.

Pour mieux expliquer son amertume, le gouvernement mentionne les déplacements de rédactions de Tamedia, dans ce cas de la Tribune de Genève, aussi de Genève à Lausanne.

Une «réduction des surfaces immobilières»

La holding SSR ne s'exprime pas à propos des TJ en Suisse romande. Elle indique qu'elle «réduira progressivement ses surfaces immobilières de 25% et répartira en conséquence ses activités sur les différents sites».

Pascal Crittin: passer d'une logique de sites à une logique de sujets

Sur les ondes de La Première à 18h30, le directeur de la RTS Pascal Crittin a évoqué une «vision à long terme» du comité de direction de la RTS, tout en mentionnant la «convergence des médias» qui doit faire réfléchir à un pôle TV, radio et web. S'agissant du délicat cadre fédéraliste du pays et des régions, il  affirme vouloir passer d'une «logique de sites» à une «logique de traitement».

Berne-Zurich, le transfert qui fâche

La SSR se montre plus précise quant à son intention de déménager une partie de la radio de Berne à Zurich, mesure qui provoque l’émoi dans le canton de la capitale. La direction indique que «ce transfert doit encore être soumis à consultation, selon la convention collective de la SSR. 170 collaborateurs sont concernés.» Cette opération devrait permettre d'économiser cinq millions de francs par an.

En mai dernier: Touche pas à ma SSR à Berne

La SRF devient le laboratoire national

Les autorités cantonales et communales de Berne n'ont pas tardé à dire leur mécontentement. Dans un communiqué de presse commun, elles accusent la SSR de «sacrifier un modèle de réussite» et de provoquer un «affaiblissement inutile de la capitale politique». Le conseiller d’État Christoph Ammann fulmine: «Cette démarche va affaiblir la SSR à moyen terme, au lieu de la renforcer», écrit-il.

De fait, alors que jusqu'ici, dans le vaste domaine de la SSR, la radio-TV romande faisait figure de poisson pilote en matière de numérique, la SRF semble prendre le relais. La concentration à Zurich rapprochera les équipes de radio et de télévision, avec Internet pour horizon.

Des mesures d’économies de 100 millions

Après le vote «No Billag» du 4 mars, qui a tourné au plébiscite pro-SSR à hauteur de 72% des voix, la direction de la SSR a néanmoins tenu à mettre sur pied des mesures d’économies pour 100 millions de francs, dont 80 de coupes et 20 de réallocations. Elles sont surtout motivées par le plafonnement annoncé du fruit de la redevance. L’année prochaine, la taxe passera de 451 à 365 francs par an. Lors de l’annonce de cette baisse très politique, Doris Leuthard avait ajouté que les sommes revenant au géant public de l’audiovisuel seront fixées à 1,2 milliard de francs, ni plus, ni moins.

A ce propos: La nouvelle SSR, en mode «réforme permanente»

Le bâtiment historique de la Sallaz sera vendu

A Lausanne, la SSR a indiqué en 2014 son intention de renoncer au bâtiment historique de la radio, à la Sallaz. Elle le vend pour 55 millions de francs à l’Etat de Vaud, qui y logera une partie de l’administration cantonale. Et la SSR construit un nouvel écrin sur le campus lausannois, non loin du Learning Center de l’EPFL.

Alors que les locaux de la Sallaz devaient initialement être libérés à l’automne 2019, le projet a été retardé en mars, peu après le vote sur No Billag – mais sans lien direct, s’est défendue la direction du groupe public.

A ce sujet: Le déménagement de la RTS sur le campus lausannois est retardé

Des services publics dans la tourmente

Cette annonce d’importance tombe alors que les services publics audiovisuels sont pris dans une tourmente toujours plus intense en Europe. Hasard du calendrier, hier, la chaîne publique danoise DR, connue ici pour ses séries policières, a dit réduire son budget de 20%, sous la pression du gouvernement et du parti souverainiste, qui exigent un recentrage sur les contenus nationaux. Entre 375 et 400 personnes seront licenciées, et le groupe abandonnera trois de ses six chaînes de TV.

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Il y a une semaine, en France, Arte a fait part de sa préoccupation face aux coupes exigées par le gouvernement Philippe.

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