Cinquante-quatre millions. C’est ce qu’il manque à la SSR pour remplir toutes les exigences de son mandat de prestations. Ce chiffre a été annoncé mardi par le conseil d’administration et la direction générale. Il tient compte, disent-ils, de toutes les économies réalisées au sein de l’entreprise, mais celles-ci ne suffisent pas à remettre les comptes dans les chiffres noirs. Pour la quatrième année de suite, la SSR a enregistré un déficit en 2009: il atteint 46,7 millions de francs, et s’ajoute à ceux des exercices précédents. Au total, calcule le chef des finances, Daniel Jorio, les déficits cumulés ces quatre dernières années s’élèvent à 220 millions: 22,5 en 2006, 18,5 en 2007, 79,1 en 2008 et 46,7 en 2009.

Comment expliquer ces déficits? La crise est passée par là, qui a réduit le volume des recettes publicitaires en 2009. Et l’offre de la SSR est dictée par la concession et le mandat de prestations, ajoute le président du conseil d’administration, Jean-Bernard Münch. Qui assure que l’entreprise a pris toutes les mesures possibles pour faire des économies: gel des salaires, réduction des investissements, vente d’immeubles. «Le conseil d’administration ne peut pas laisser dériver l’entreprise», assure-t-il. Et le projet de convergence entre radios et télévisions dans les quatre régions linguistiques, s’ils ne visent pas en premier lieu à faire des économies, devrait néanmoins contribuer à alléger les charges de l’entreprise.

Les autres paramètres financiers ne sont guère plus reluisants: les fonds propres régressent, les emprunts augmentent. Et l’avenir ne s’annonce pas plus radieux: un déficit de 75 millions, que les dirigeants expliquent par le coût des Jeux olympiques de Vancouver et du Mondial de football en Afrique du Sud, est attendu pour 2010. La reprise de la publicité devrait permettre de réduire le découvert à 42 millions en 2011.

La SSR a détaillé sa situation financière dans le rapport qu’elle a adressé à l’Office fédéral de la communication (Ofcom). Pour les années 2011 à 2014, elle a besoin de 168 millions supplémentaires en moyenne annuelle pour maintenir les prestations actuelles et reconstituer ses fonds propres. Elle voit trois sources possibles: de nouvelles économies devraient permettre de générer 58 millions, la croissance ordinaire des recettes d’exploitation devrait rapporter 56 millions.

Et les 54 millions restants? Où les trouver? La SSR esquisse trois pistes: une hausse de la redevance, l’autorisation de faire de la publicité sur ses sites Internet ou des subventions de la Confédération. La SSR juge le niveau de la redevance trop bas. Il est pourtant, avec 462 francs, parmi les plus élevés d’Europe. «Oui, mais c’est le fruit du multilinguisme», réplique Jean-Bernard Münch. Le président du conseil tient à rappeler que la taxe de réception radio-TV n’a quasiment pas bougé depuis dix ans, alors qu’elle a renchéri ailleurs.

Il y a bien eu deux augmentations, en 2002 et en 2007, mais elles ont uniquement permis de compenser les pertes de recettes découlant de l’exonération des personnes au bénéfice de prestations complémentaires AVS et du nouveau modèle de partage des recettes avec les diffuseurs privés, relativise Daniel Jorio. Si la redevance était par exemple adaptée au renchérissement survenu depuis 2000, elle devrait augmenter d’au moins 11 francs (2,4%), ce qui permettrait de rapporter 30 millions.

Si la SSR n’obtient pas l’adaptation de la redevance qu’elle espère, elle souhaite alors obtenir le feu vert pour diffuser des publicités sur ses plates-formes Internet. Cela lui est interdit pour l’instant et les éditeurs s’y opposent. Jean-Bernard Münch ne comprend pas leur position: «Si nous pouvions faire de la publicité sur notre offre en ligne, nous contribuerions au développement du marché suisse. Cela vaudrait mieux que laisser Yahoo! et Google occuper ce terrain», argumente-t-il.

Il y a peut-être encore une autre possibilité. Le gouvernement peut aussi décider de compenser l’exonération des rentiers AVS bénéficiaires de prestations complémentaires. Cette exemption avait été décidée par le parlement. Elle coûte 40 millions à la SSR. Si le Conseil fédéral décidait de la subventionner, le besoin financier manquant serait réduit de 54 à 14 millions, lit-on dans le rapport adressé à l’Ofcom.

Il s’agit là de décisions politiques et il appartient désormais au Conseil fédéral de les prendre.