Et si les deux concerts de Johnny Hallyday étaient le premier et le dernier événement non sportif du Stade de Genève? La question, provocatrice, se pose au lendemain du méga-show offert par le chanteur sexagénaire, tant la liste des griefs touchant aux installations de la Praille est longue. Si Michael Drieberg, responsable de la société organisatrice Live Music Production, dit avoir, comme l'immense majorité des 60 000 spectateurs présents samedi et dimanche soir, senti une immense émotion lors du spectacle, il n'en est pas moins «attristé» par le manque de perspectives qu'offre le Stade de Genève dans le domaine événementiel: «Cette enceinte est un outil magnifique pour la pratique du football, mais elle ne pourra jamais accueillir les grosses vedettes internationales de la musique. Au maximum, le Stade de Genève pourrait recevoir une fois par année des grands concerts. Mais je suis sûr à 99% que ce ne sera pas le cas.»

En cause et en première ligne, les infrastructures. Un toit en matière inflammable qui interdit tout effet pyrotechnique d'envergure, des accès difficiles et peu nombreux, une acoustique contestée à l'intérieur, une sono entendue des kilomètres à la ronde, une sécurité inappropriée, un parvis objet de restrictions pour l'accueil des fans: autant de reproches qui laissent planer un doute quant à la capacité d'organiser à nouveau des événements de l'ampleur de la tournée de Johnny Hallyday (Le Temps du 30 juin) si des aménagements conséquents ne sont pas opérés. Michael Drieberg, certain que les travaux nécessaires sont trop importants et trop chers, se désole: «Pour des raisons de sécurité, nous avons dû enlever des centaines de sièges pour permettre à 17 000 spectateurs de se rendre sur la pelouse, car il n'y avait pas d'accès direct au terrain. Les questions de parking, d'arrivées des camions, de la rampe de (dé) chargement des centaines de tonnes de matériel de scène, ont aussi été très problématiques», poursuit Michael Drieberg. Sans oublier les menaces d'amendes et les querelles d'affichage publicitaire.

Le goût des stars

L'architecture du site, dans l'organisation de concerts, n'est pas seule responsable des soucis des organisateurs d'événements. Il est ici bien entendu aussi question d'argent, de prise de risque et de rentabilité. Or, Nathalie Meley, directrice d'Opus One, l'autre entreprise rompue à l'organisation de concerts d'envergure en Suisse romande, fait à cet égard le même constat que le patron de Live Music Production: «De moins en moins d'artistes sont rentables dans un stade qui ne contient «que» 30 000 places. On remarque en outre que les artistes anglo-saxons désertent ce type d'enceintes en Suisse romande.» En exemple, Michael Drieberg parle du concert des Rolling Stones, qu'il avait alors agendé pour le week-end prochain au stade de la Pontaise, à Lausanne, et ce, quitte à majorer le prix du billet de 14%, montant de la taxe municipale pour rendre le projet viable. Impossible à réaliser pour cause de délais de préparation du meeting Athletissima, l'idée avait germé de les faire jouer à Genève. Sans suite, car «il faut, sans pouvoir jouer sur la taxe – inexistante au bout du Léman – 45 000 personnes pour que nous nous y retrouvions financièrement.»

Sans vouloir avancer de chiffres, Michael Drieberg, est toutefois soulagé de pouvoir afficher un bilan positif au terme de l'«opération Johnny, un risque à 6 millions de francs». Mais face aux moult problèmes auxquels il a dû faire face, souvent au dernier moment, il demeure sceptique sur la suite des opérations liées aux événements non sportifs au Stade de Genève.

«Défauts de jeunesse»

Alain Rolland, membre de la Fondation du Stade de Genève, veut quant à lui croire à des maladies de jeunesse, à des défauts qu'il faudrait éliminer. Mais, là encore, les problèmes d'argent ralentissent l'avancement des travaux: «J'appelle toutes les parties concernées à se mettre à la table des négociations afin de trouver les 3 millions de francs manquants pour débloquer la situation.» Par ailleurs directeur des activités immobilières de Jelmoli Holding – l'un des cinq investisseurs du Stade de Genève –, Alain Rolland estime que tout espoir de sortir de l'ornière financière (il manque 11 millions pour pouvoir payer les fournisseurs) passe par la trouvaille de ces 3 millions de francs destinés à payer la fin des travaux. Une manne qui selon lui permettra à la Société d'exploitation du Stade de Genève de continuer à œuvrer. Tous les griefs qui ont été avancés soulèvent ainsi de graves questions quant au «business plan» et à la viabilité financière du stade. Car les ambitions sportives et culturelles de la fondation sont grandes. Pas moins d'une trentaine d'événements sont souhaités, touchant pour l'essentiel au football et aux matches du Servette FC en particulier. A terme est également attendue une rencontre officielle de l'équipe nationale et le choc de la Supercoupe d'Europe (dès 2005?). Un concert à 30 000 spectateurs et un ou deux événements avec 15 à 20 000 personnes par année devraient remplir l'agenda des événements extrasportifs. Pour autant que des organisateurs se lancent le défi.