A six mois de l'Euro 2008, la Fondation du Stade de Genève est décapitée. Jeudi, la Tribune de Genève annonçait que Me Jean-Pierre Carera, le président de la Fondation, avait été poussé à la démission par le conseiller d'Etat Mark Muller, en charge du dossier.

Le magistrat libéral reproche à Me Jean-Pierre Carera d'avoir mal estimé les coûts des travaux d'adaptation du Stade de Genève exigés par l'UEFA en vue de l'Euro 2008. Budgétée en début d'année à 6,8 millions, la facture sera plus salée. Mercredi, le Conseil d'Etat genevois annonçait qu'une rallonge financière de 7,8 millions de francs était nécessaire pour financer des travaux.

«Je n'ai rien à me reprocher»

Mark Muller reproche à Jean-Pierre Carera d'avoir tardé à lui communiquer les chiffres des derniers travaux exigés par l'UEFA. Des griefs contestés par l'intéressé. «Je n'ai rien à me reprocher, estime Jean-Pierre Carera. Je réfute formellement ces accusations.» Selon lui, «les demandes d'adaptation de l'UEFA ne sont parvenues à la Fondation que tardivement». Et certaines demandes n'auraient été chiffrées qu'en juin. «J'ai vraiment l'impression de faire office de fusible dans cette affaire», raconte l'avocat, atteint par ces accusations. «Mais ce sont les règles du jeu et je les accepte. J'ai donc démissionné.» A contrecœur.

14,6 millions de travaux

En priant Me Carera de démissionner, le magistrat libéral estime avoir pris la bonne décision. «L'estimation des travaux aurait dû être faite plus rapidement et plus sérieusement.» D'autant qu'en deux ans, la facture a sérieusement «pris l'ascenseur». En 2005, les travaux étaient devisés à 3,6 millions. Aujourd'hui, il en coûtera 14,6 millions de francs aux contribuables.

Des travaux que la Fondation a l'obligation de financer. Un contrat, signé en 2004 par l'UEFA et la Fondation du Stade de Genève - qui accueillera trois rencontres européennes en juin prochain - oblige cette dernière à mettre l'installation sportive en conformité avec les exigences que requiert un tel événement. Les 6,8 millions étaient destinés à l'installation de barrières de sécurité, d'un écran géant et divers travaux de sonorisation et d'éclairage.

La rallonge de 7,8 millions est, elle, destinée à l'édification d'une plate-forme à l'arrière du stade, qui accueillera un centre de presse. Une nouvelle tribune pour les médias et un espace d'accueil pour les sponsors de l'Euro 2008 doivent également être réalisés.

Fonds d'équipement mis encore à contribution

Cet empilement successif d'impondérables financiers n'est pourtant pas nouveau. On se souvient qu'en 1997, le projet initial du stade de la Praille était estimé à 64 millions de francs. Puis la facture avait explosé à 117 millions à l'inauguration du stade en 2003. Aujourd'hui, la facture finale se monte donc à près de 140 millions de francs.

Mais comment financer ces travaux onéreux? Les autorités genevoises ont décidé de puiser à nouveau dans le Fonds d'équipement communal (FEC). Ce fonds, alimenté par les contributions fiscales des communes genevoises, avait déjà été ponctionné en janvier. L'Etat y avait prélevé 11 millions de francs afin de rembourser l'entreprise Implenia SA, constructeur du stade.

Mais cette ponction régulière du Fonds d'équipement communal n'est pas au goût de tout le monde. Les opposants au financement public du stade - dont la Ville de Genève elle-même - ne digèrent toujours pas que la volonté populaire soit «bafouée». Les citoyens de la ville de Genève s'étaient en effet prononcés en 2005 à plus de 70% contre une rallonge de 2,5 millions de francs, destinée à éponger une partie de la dette de la Fondation du sStade de Genève. Rien d'illégal pourtant. Saisie, la Cour des comptes avait validé ce crédit de 11 millions.

L'Euro approchant, la Fondation du Stade de Genève ne devrait pas rester longtemps sans capitaine. Selon Mark Muller, le Conseil d'Etat genevois doit rapidement remplacer Me Carera. La semaine prochaine, le gouvernement proposera la nomination de deux personnes pour reprendre la barre du Stade: l'un deux n'est autre que Michel Bonnefous, l'ancien directeur d'AC Management, société qui a organisé la dernière Coupe de l'America à Valence.