Verbier suspendue au sort de Pékin 2022

Une délégation valaisanne vient de visiter les installations de la Chine en vuedes Jeux d’hiver

Un partenariat pourrait être signé

Du 9 au 15 juillet, une délégation de Verbier s’est rendue en Chine pour discuter d’un partenariat stratégique avec Pékin en vue de la candidature chinoise aux Jeux olympiques d’hiver de 2022, a appris Le Temps. Finaliste – avec Almaty au Kazakhstan –, Pékin connaîtra son sort le 31 juillet lorsque le Comité olympique arrêtera son choix. Une annonce que Verbier attend désormais avec anxiété.

«La Chine dispose déjà de 80% des installations sportives grâce aux Jeux olympiques qu’elle avait organisés en 2008, explique le directeur de Téléverbier Eric-A. Balet. Mais tout reste à faire au niveau des pistes de ski. Nous avons découvert une vallée entièrement vierge.» A la tête de la délégation suisse, le Valaisan s’est rendu avec Paul Glassey, ingénieur spécialisé dans les remontées mécaniques, et Paul-Victor Amaudruz, responsable des pistes de Verbier, sur les différents sites de Zhangjiakou qui devraient accueillir les compétitions de ski, de luge et de bobsleigh. La visite de la délégation suisse a été relayée par différents médias chinois.

Située à 190 kilomètres de Pékin, Zhangjiakou compte 4,3 millions d’habitants et devrait être reliée en 50 minutes à la capitale par un train à grande vitesse. «Les Chinois font les choses en grand. Ils ont une force de frappe phénoménale pour la réalisation de grands projets. Nous sommes en discussion avec eux sur un plan de développement sur vingt ans. Nous leur apporterions notre expertise en matière d’enneigement artificiel, de remontées mécaniques et de formation», explique Eric-A. Balet.

En juin, c’est la vice-première ministre chinoise, Liu Yandong, qui s’était rendue à Verbier accompagnée d’une délégation d’une trentaine de personnes, comme relaté par Le Nouvelliste. De passage au Comité olympique de Lausanne pour discuter de la candidature de Pékin aux Jeux d’hiver, la ministre chargée des sports et de la santé avait décidé de faire un crochet par la station bagnarde pour une visite technique des installations.

«C’était probablement une des premières fois de sa vie qu’elle voyait une dameuse ou un canon à neige, explique Eric-A. Balet qui a accompagné la ministre sur les sommets de Verbier. Quand nous lui avons expliqué comment nous procédions avec l’enneigement mécanique, cela lui a fait tilt.» L’enneigement est en effet le grand défi qui attend les Chinois en vue des Jeux olympiques. Située à 2100 mètres d’altitude, avec un dénivelé de 830 mètres, la piste de Zhangjiakou est faiblement pourvue en termes de chutes de neige (moins de 2 mètres par an contre 6 à 9 mètres à Verbier).

Trois jours après cette visite, Eric-A. Balet reçoit un appel de l’ambassade chinoise à Berne l’invitant à se rendre à Pékin le plus rapidement possible. Il écourte ses vacances et part pour cinq jours de visites officielles pendant lesquelles il rencontre le maire de Pékin et le président du comité d’initiative. Du côté de l’ambassade chinoise, on confirme les «échanges amicaux» tout en soulignant l’expérience de la Suisse en matière de sports d’hiver, une expérience dont la Chine espère pouvoir bénéficier.

Gérald Béroud, spécialiste des relations bilatérales entre la Chine et la Suisse et fondateur du site Sinoptic.ch, n’est pas surpris par ces échanges entre délégations: «Il y a des relations très soutenues entre les deux pays. L’expertise de la Suisse est reconnue notamment en matière d’infrastructures. Les Chinois sont demandeurs mais la Suisse n’a pas les ressources suffisantes pour répondre à toutes les sollicitations.»

Le rôle de Téléverbier dans le partenariat stratégique reste encore à préciser. Aucun contrat n’a encore été signé entre les deux parties. A la veille de la décision du Comité olympique sur la ville hôte, les Chinois ne sont-ils pas en train de se servir de la «marque» Verbier pour faire pencher la balance? «C’est possible. Mais les contacts ont été très suivis et nous serions idiots de laisser passer ce train. Nous avons rencontré des dizaines de membres du comité d’organisation. Ils ont faim de ce genre de relations et ont une vision sur le long terme.» En ligne de mire: les touristes chinois. Pékin prévoit – grâce aux Jeux olympiques qui doivent servir de catalyseur – de mettre 300 millions de Chinois sur des skis. Un nouveau marché qui s’ouvre pour les régions alpines suisses.

Gérald Béroud rappelle: «Il y avait déjà eu des contacts avec des stations valaisannes il y a quelques années, mais cela n’avait débouché sur rien de concret. A l’époque, la Chine n’était pas encore mûre pour les sports d’hiver. Aujourd’hui, on trouve dans le pays des halles avec de la neige artificielle et les Chinois viennent en Suisse pour skier. Si Pékin obtient les Jeux d’hiver, le secteur va sans aucun doute se renforcer.» Avec des retombées économiques intéressantes pour le tourisme suisse.

«C’était probablement une des premières fois que la ministre chinoise voyait un canon à neige»