Les premières chutes de neige sont d’ordinaire synonymes de soulagement pour les destinations de sports d’hiver. Mais cette année, les préoccupations liées à l’arrivée de l’or blanc passent au second plan. Les stations sont dans l’incertitude en raison de la crise sanitaire et des nouvelles mesures, plus strictes, que le Conseil fédéral devrait annoncer en fin de semaine.

Si les pays qui nous entourent, à l’exception de l’Autriche, ont décidé de ne pas autoriser l’ouverture des domaines skiables durant les fêtes de fin d’année, la Suisse ne devrait pas s’aligner sur cette interdiction. Les autorités fédérales comptent toutefois tout mettre en œuvre pour éviter une nouvelle flambée de l’épidémie de Covid-19. Après avoir rencontré les faîtières et les cantons concernés en fin de semaine dernière, Berne a mis en consultation jusqu’à ce mercredi son projet de lignes directrices.

La Confédération entend notamment introduire dans son concept des éléments de mesures sanitaires permettant aux cantons, si la situation épidémiologique devient alarmante dans une région précise, d’appliquer des restrictions qui pourraient aller jusqu’à la fermeture de domaines skiables. Le suivi de l’évolution de l’épidémie sera donc primordial, comme le fait d’avoir une infrastructure suffisamment développée – notamment en ce qui concerne les tests covid – pour assurer ce suivi.

Lire aussi: Ouverture des stations de ski: Paris fait de l’ombre aux Portes du Soleil

Aucune mesure ne fera tirer la prise aux stations

D’autres mesures devraient directement impacter les domaines skiables. On évoque l’interdiction des self-services, la fermeture à 15h des restaurants situés sur les pistes pour éviter les phénomènes d’après-ski ou encore la limitation de capacité de certaines installations. Directeur général de l’Association touristique Porte des Alpes, qui réunit les communes de Villars, Les Diablerets, Bex et Gryon, Sergei Aschwanden «peinerait à comprendre des restrictions drastiques à des fins politiques pour ne pas se mettre l’Union européenne à dos». De son côté, Claude Gendre, l’un des codirecteurs de TéléCharmey, assure voir «tout cela d’un assez mauvais œil», mais être «résigné». «Pour nous, il est préférable d’ouvrir en devant appliquer des mesures strictes que de ne pas le faire», souligne-t-il.

La volonté des stations est donc d’ouvrir leurs domaines skiables en cette fin d’année. Et toutes celles contactées, des Préalpes fribourgeoises aux Alpes valaisannes, assurent qu’aucune mesure ne leur fera changer d’avis. Un point du concept imaginé pour l’heure par la Confédération fait toutefois particulièrement réagir: la limitation de fréquentation des domaines skiables, dont les contours n’ont pas encore été arrêtés.

Impact direct sur le chiffre d’affaires

«On sait que l’on devra faire des efforts, indique Laurent Vaucher, directeur de Téléverbier. Mais si on doit limiter la fréquentation, le calcul de ce seuil doit être raisonnable et devrait se rapprocher du 80% de la fréquentation d’une grosse journée.» Car, rappelle Claude Gendre, limiter l’accès aux domaines skiables, c’est impacter le chiffre d’affaires des entreprises de remontées mécaniques. Et d’autant plus lors des fêtes de fin d’année, qui représentent en moyenne près du quart des rentrées de la saison. Comme dans tous les domaines, les exigences sanitaires se retrouvent confrontées à des exigences économiques.

Mais les inquiétudes concernent également l’accueil des skieurs. A Nax, Fred Pont, le président de Télé Mont-Noble SA, se demande, si la limitation pour son domaine devait être fixée à 1500 personnes: «Que dira-t-on au 1501e skieur qui se présente au départ des installations? Devra-t-on lui demander de rentrer chez lui?»

«On ne peut pas se permettre d’être un foyer de contagion»

Pour Maxime Cottet, le directeur de CMA, les remontées mécaniques de Crans-Montana Aminona, la grosse interrogation concerne l’organisation des files d’attente: «Ce que nous avons vécu jusqu’ici n’a rien à voir avec les pics que l’on peut vivre durant les Fêtes. Il faudra trouver les solutions pour appliquer les mesures d’hygiène et de distanciation sociale, car si la Suisse est seule à ouvrir ses domaines skiables, on ne peut pas se permettre d’être un foyer de contagion.»

Les stations se préparent donc à une saison remplie d’inconnues, notamment celle concernant leur fréquentation. Feront-elles le plein en cette période de crise sanitaire? «Je n’imagine pas que nous serons débordés, répond Laurent Vaucher. Les Français ou les Italiens qui pourraient être attirés par les pistes suisses ne compenseront pas l’absence des touristes d’autres nationalités.»