14 janvier dernier, 16h30: deux individus armés, le visage couvert, entrent dans le shop de la station-service Piccadilly de Genestrerio (entre Mendrisio et Chiasso), se font remettre le contenu de la caisse, puis se volatilisent dans la nature à bord d’une voiture aux plaques italiennes. Un remake d’une scène malheureusement connue: c’est le quatrième hold-up en une année seulement, le premier remontant au 17 janvier 2010. Plusieurs autres stations d’essence ont subi les attaques de malfaiteurs ces derniers mois, heureusement sans effusion de sang. A tel point qu’en fin d’année, le Corriere del Ticino en faisait ses gros titres et que le syndicat interprofessionnel OCST (Organizzazione cristiano sociale ticinese) tirait la sonnette d’alarme pour que les sociétés de distribution de carburants renforcent la sécurité. Le phénomène a-t-il vraiment pris tant d’ampleur?

«Le coup facile»

«Il y a eu une hausse des hold-up contre les stations-service l’an passé par rapport à 2009, mais on ne peut pas encore parler de tendance», nuance Orlando Gnosca, capitaine à la police judiciaire tessinoise. Il estime à une dizaine le nombre d’attaques de ce genre en 2010. Le mode opératoire est presque toujours le même: les brigands sont masqués, ils arrivent à deux et choisissent des stations-service situées un peu en dehors des centres, près de la «frontière verte» avec l’Italie, souvent couplées à des bureaux de change, et avec pas mal de passage. Auparavant, ils effectuent des repérages comme clients. «C’est le coup facile», résume le capitaine Gnosca. Derrière, pas de grande bande organisée comme dans les années 70-80; il s’agit «d’actes plutôt spontanés» de la part de petits groupes peu structurés. La provenance reste la même: le nord de l’Italie.

«C’est une spécificité de la criminalité au Tessin», remarque Daniel Schlatter, commissaire de la police fédérale auprès du Centre de coopération policière et douanière de Chiasso (CCPD). Selon son expérience, c’est en général la même équipe qui opère, trois ou quatre hommes peut-être, et la série de hold-up prend fin avec l’arrestation de l’un deux, qui permet de remonter jusqu’aux autres. «Pour la station-service de Genestrerio en tout cas, nous pensons qu’il s’agit de la même bande», confirme Christophe Cerenotti, officier de la police judiciaire tessinoise et directeur du CCPD du côté helvétique. En octobre, des traces ADN ont été prélevées sur les lieux. «Tôt ou tard, les malfaiteurs tomberont dans les filets de la police, par exemple lors de contrôles pour des délits mineurs.»

Les stations-service pourront pousser un «ouf» de soulagement, jusqu’à la prochaine vague. Par le passé, des hold-up ont semé l’inquiétude dans la branche, comme en 2008. Autre cible de cette forme de brigandage: les kiosques en bordure de frontière. Plus difficiles à dévaliser, les banques ont été délaissées.

Dans les années 70-80, elles étaient, avec les bureaux de poste, le théâtre de hold-up quasi quotidiens, avec prises d’otages et pertes humaines. C’était l’époque des grandes bandes italiennes de truands, organisées et violentes. Ces temps sont révolus au Tessin. Le brigandage à l’arme à feu a fortement chuté depuis le début des années 90, et les victimes sont très rares.

«La première directive que nous donnons à notre personnel est de ne pas opposer de résistance», indique un responsable de Piccadilly SA. Pour le reste, il assure que la société a déjà amélioré la sécurité dans toutes ses stations-service, et va faire de nouveaux investissements – en particulier dans la vidéosurveillance. La dernière attaque, le 19 janvier, n’a pas touché un de ses distributeurs, mais une station Shell à Ascona.