L’Assemblée fédérale n’a pas accédé à la revendication de l’UDC de récupérer son deuxième siège au Conseil fédéral. Après avoir réélu Eveline Widmer-Schlumpf, elle a confirmé les deux radicaux Didier Burkhalter et Johann Schneider-Ammann dans leurs postes. La concordance arithmétique est donc clairement rompue, pour des motifs politiques interprétés différemment par les acteurs.

Non sans avoir tergiversé, l’UDC n’a pas hésité à attaquer le siège de l’ancien patron Johann Schneider-Ammann, provoquant la colère du PLR. C’est un fait majeur. On a assisté à une rupture d’alliance, qui pourrait laisser des blessures. L’avenir le dira.

Le statu quo politique au Conseil fédéral consacre d’abord le nouveau rapport de force au parlement issu des dernières élections. L’UDC et les radicaux se sont affaiblis par rapport à la donne d il y a quatre ans. En octobre, l’UDC a enregistré sa première défaite au Conseil national depuis 15 ans en perdant neuf sièges. Elle a ensuite échoué de façon spectaculaire dans sa conquête du Conseil des Etats, en perdant tous les combats symboliques dans lesquels elle avait engagé ses plus fortes personnalités. Il n’y avait donc pas de dynamique favorable à l’UDC, pas d’élan pour un deuxième siège.

A l’inverse, le Parti socialiste s’est renforcé et le centre, toujours plus émietté, a acquis des positions suffisamment fortes pour jouer les arbitres. C’est-à-dire les faiseurs de roi. Ensemble, l’UDC et le PLR n’ont de loin pas la majorité à l’Assemblée fédérale. C’est ce que reflète l’échec de la droite nationaliste et libérale à récupérer une majorité au Conseil fédéral, avec deux PLR et deux UDC.

L’UDC est aussi sanctionnée pour avoir lamentablement raté les préparatifs de la conquête du deuxième siège. Le parti habituellement si professionnel n’a pas su camoufler que son réservoir de candidats crédibles et convaincants était mince. Finalement il a lancé, avec une insoutenable légèreté ou un cynisme illimité, un candidat affaibli par une affaire compromettante. L’explosion en vol de ce dernier était prévisible. Quand elle s’est produite, elle a affaibli la direction du parti. Le sympathique joker Hansjörg Walter ne pouvait faire que de la figuration, comme d’ailleurs le Fribourgeois Jean-François Rime.

L’UDC est face à un dilemme. Elle peut décider de quitter le pouvoir, mais elle sait que dans le régime politique suisse, la marginalisation de l’exécutif est a priori un vecteur d’affaiblissement. Le parti vivrait mal cette épreuve. Il serait sans doute menacé d’explosion. L’aile économique et réaliste de l’UDC pourrait être tentée de rallier le PLR ou le PBD.

L’opposition de l’UDC sans participation au gouvernement, ce serait un raidissement général du discours, un durcissement contre l’immigration et contre l’Europe, et une attaque permanente contre les institutions. Or les Suisses ont donné des signaux clairs qu’ils sont fatigués de cette posture agressive et irrespectueuse des usages politiques en Suisse. On peut prendre le pari que cette évolution de l’UDC – un glissement vers une droite nationaliste et identitaire en rupture totale avec le système – finirait, à terme, par se retourner contre ses partisans. Les Suisses, foncièrement pragmatiques et raisonnables, seraient tentés de sanctionner un parti n’existant que par la rupture, la provocation, l’insulte politique, le dénigrement. Au fond, le dilemme de l’UDC est le suivant: plus il se radicalise, plus il prend le risque de perdre de son influence dans un système où les majorités supposent toujours de forger des alliances majoritaires.

La déception retombée, la colère expurgée, le scénario le plus probable est que l’UDC restera un pied dans le gouvernement, avec Ueli Maurer à la Défense, et un pied dans l’opposition, en utilisant les droits populaires pour faire pression sur le parlement et le Conseil fédéral. Le parti tentera de faire corriger par le peuple, le cas échéant, des décisions déplaisantes. Peut-être gagnera-t-il un pouvoir de nuisance accru. C’est le risque tant redouté de l’instabilité. Mais au fond, c’est déjà ainsi que fonctionne l’UDC depuis de nombreuses années. Et la solidité des autres partenaires réunis au gouvernement pourrait se renforcer et donner un contrepoids efficace à une UDC affaiblie.

De son côté, le Parti libéral-radical respire. Bien que fragilisé, il conserve ses deux sièges au Conseil fédéral. Cette marge de manœuvre pour influencer la conduite du pays dépasse désormais largement sa force politique réelle, et il revient au PLR de choisir son camp: serrer les rangs avec l’UDC au risque d’y perdre des plumes; ou s’en émanciper et travailler résolument à forger des compromis féconds et solides avec ses autres partenaires de gouvernement. Pour le PLR, il y a une responsabilité immense et une chance à saisir, qui suppose un sursaut qualitatif.