Le Valais touristique devra s’accommoder, quelques années encore, de son fonctionnement éclaté, de son budget marketing modeste (6 millions de francs) et trouver son salut dans les 12 millions de nuitées qu’enregistrent ses stations bon an mal an.

En même temps que 75% des Valaisans environ renvoient la nouvelle loi sur le tourisme à son expéditeur, Jean-Michel Cina essuie le premier gros échec de sa carrière de Conseiller d’Etat. Il avait fait de ce texte l’instrument prodigue de ses envies de réformes, l’emblème d’un Valais composite mais plus uni que jamais et qu’il voyait se vendre au monde globalisé à travers une dizaines de grandes régions, grâce à un budget dopé à 80 millions de francs (contre 50 aujourd’hui) et par le biais d’une société de promotion professionnelle.

Les raisons du refus d’un si alléchant projet? La plus déterminante, avancée par les observateurs tous camps confondus tiendrait dans un porte-monnaie. Le contribuable valaisan a vu dans la loi – mais peut-on réellement l’en blâmer ? - la menace qu’elle faisait peser sur son budget avant d’y voir les bénéfices à long terme qu’elle pourrait amener en termes de nuitées et de succès de ses destinations.

Un budget fermement menacé par la fameuse taxe touristique d’hébergement (TTH), infligée par la loi aux propriétaires de résidences secondaires (dont 20 000 Valaisans) comme un des outils suprêmes pour dénicher le budget supplémentaire du tourisme nouvelle version en bannissant les taxes de séjours et d’hébergement.

Mis à part le mode de financement, consensus longuement mûri au Grand Conseil, mais jugé trop précaire par le citoyen, on ne peut s’empêcher de penser aussi qu’un certain régionalisme l’a, une fois encore emporté, comme c’est souvent le cas en Valais. Le regroupement forcé, selon des critères contraignants, de 152 sociétés de développement en grandes régions, brisait en même temps un certain ordre établi et semblait mettre trop d’Etat dans le tourisme.

«Manifestement, les Valaisans veulent un tourisme plus libéral, moins contrôlé que celui proposé par ce projet de loi», commente Jean-Albert Ferrez, député démocrate-chrétien et président de la première commission pour la loi, qui, ce début d’après-midi, digère mal sa pizza froide dans les couloirs comme endeuillés de la Maison du Valais, stamm des supporters.

Il jure pourtant, en stéréo avec le chef du service du développement économique François Seppey et le directeur adjoint de Valais Tourisme Vincent Bornet, que «même si la loi est refusée, les problèmes fondamentaux diagnostiqués dans le tourisme valaisan demeurent.» De quelle manière y répondre, dès lors? «En apportant des améliorations ponctuelles dans la loi actuelle au Parlement...», esquisse-t-il.

Un statu quo pour le canton. Une gifle pour Cina. Faut-il enterrer le projet et revenir dans dix ans, ou remettre l’ouvrage sur le métier quand bien même le scrutin du jour a surtout révélé un véritable fossé entre l’élite politique et le citoyen ? Jean-Michel Cina, très déçu mais pas abattu, est persuadé que «la population a refusé cette réforme de la loi mais pas une réforme de la loi» et que, dans l’intervalle, des améliorations ponctuelles doivent s’opérer.

«La création d’une société de promotion et d’un observatoire du tourisme comme la loi le prévoyait, et qui nécessite de puiser dix millions de francs supplémentaires dans le budget ordinaire de l’Etat, remporte l’adhésion. Il faut les mettre en place tout de suite.»