«Le 4 mars, je voterai non, parce que, grâce aux accords bilatéraux, nos relations avec l'UE sont établies sur une base confortable et qu'il n'est dès lors pas nécessaire de précipiter l'adhésion. Pour l'agriculture, dont je me sens proche en tant que producteur de fromages, une adhésion rapide aurait des conséquences catastrophiques.

» Bien entendu, il ne fait aucun doute que nous devons poursuivre les réformes structurelles en cours dans l'agriculture. Pour les entreprises de transformation comme la mienne, le prix du lait devra tôt ou tard baisser pour rejoindre celui en vigueur dans l'UE. Si l'on considère que, dans cinq ans, les paysans européens toucheront encore 40 centimes par litre de lait, cela signifie que, grâce aux 20 centimes de subside versés par la Confédération, le paysan suisse recevra tout de même 60 centimes au total. Ce serait certes 20 centimes de moins qu'aujourd'hui, mais néanmoins 50% de plus que la concurrence au sein de l'UE. Si la Suisse adhère, ce subside tombera, et l'existence même de l'agriculture, laquelle dépend fortement du lait, serait mise en danger. Les accords bilatéraux exercent déjà une forte pression, et les adaptations qu'ils imposent ne seront pas une promenade de santé, mais c'est un processus que l'on peut encore digérer. Une entrée rapide dans l'UE équivaudrait à une nouvelle accélération des réformes qui serait fatale à une grande partie des domaines, en particulier dans les régions de montagne. Nombre de paysans devraient renoncer, le marché du lait s'effondrerait, ce qui ne serait certainement pas dans l'intérêt des entreprises comme la mienne. Une telle thérapie de choc détruirait des valeurs qui ont beaucoup d'importance pour la cohésion à l'intérieur de notre pays.

» Même si je suis partisan d'une Suisse ouverte et solidaire, et même si je me sens européen, je ne peux pas ignorer les lacunes de l'UE, en particulier dans les domaines de la démocratie directe et du fédéralisme. De mon point de vue, la Suisse doit rester attachée à ces deux valeurs fondamentales. Si elle adhère maintenant, elle devra reprendre un système qui comprend de nombreuses lacunes et sur lequel elle ne pourra guère exercer d'influence a posteriori. Il me paraît donc plus raisonnable d'observer d'abord si l'UE est capable de se réformer avant de se décider pour une adhésion qui, en soi, est souhaitable.

» Je crois que la Suisse peut s'offrir le luxe d'observer les réformes de l'extérieur et mettre d'abord en application les accords bilatéraux. Pour autant, elle ne peut pas simplement rester ce qu'elle est. Dans notre pays aussi, des transformations sont nécessaires: que l'on songe par exemple aux obstacles à la concurrence dans le domaine de la santé ou de la justice, ou encore dans la construction. Ici aussi, il reste de nombreux murs à démolir. En résumé: nous n'avons pas besoin d'adhérer immédiatement, mais nous devons mettre à profit le temps disponible pour nous mettre en condition de le faire.»