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A Zurich, mars 2011.
© WALTER BIERI

«No Billag»

Stephan Davidshofer: «Sauvons ce lieu du vivre-ensemble romand» 

Pour le politologue Stephan Davidshofer, maître assistant à l'Université de Genève, la RTS joue un rôle essentiel dans la définition de l'identité commune des Romands

Maître assistant au Département de science politique et relations internationales de l’Université de Genève, Stephan Davidshofer a publié dans le mensuel La Cité, où il tient une chronique régulière, un plaidoyer pour le rôle de la radiotélévision suisse (RTS) dans la définition de l’identité romande.

Le Temps: Vous décrivez la RTS comme «le seul véritable lieu d’un vivre-ensemble romand». Vraiment?

Stephan Davidshofer: Avec la cure d’amaigrissement en cours des médias romands, la RTS représente de loin l’espace d’échange le plus important, par sa diversité et sa capacité à toucher le plus grand nombre. Donc oui, la Suisse romande n’ayant pas d’existence politique, administrative ou économique en tant que telle, il est difficile d’imaginer un autre lieu où les Romands pourraient faire société. Le démantèlement du service public audiovisuel tel que le souhaite l’initiative «No Billag» rendrait impossible le maintien de l’offre actuelle de la RTS dans les domaines de l’information, de la culture, du sport et des divertissements.

Notre dossier:  La controverse «No Billag»

Quelques exemples concrets du rôle indispensable et irremplaçable que joue la RTS pour les Romands?

Ses programmes, certes de qualité inégale, ont le mérite de donner de la substance à une identité romande qui se définit trop souvent de manière négative: ni française, ni suisse alémanique. Une identité subie en quelque sorte, définie par les autres, qui ont tendance à la faire rimer avec paresse et surconsommation de prestations médicales.

Que manque-t-il à la Suisse romande pour devenir, pour reprendre votre expression, une «entreprise identitaire appétissante»?

Ce propos était ironique. Les identités régionales, à l’exemple de la Catalogne, de la Corse ou de l’Ecosse, sont souvent associées à une volonté de s’émanciper d’un pouvoir central perçu comme négatif. La Suisse romande, elle, n’a pas de projet politique ou économique commun. Mais est-ce une mauvaise chose? Darius Rochebin et Jean-Marc Richard, qui sont de rares exemples de personnalités vraiment romandes, reflètent la pratique d’une identité plutôt positive, qui s’inscrit dans le modèle convivial de cohabitation pacifique qu’est la Suisse. La disparition de la RTS ouvrirait une porte vers l’inconnu et de nouvelles opportunités pour la définition d’une identité romande plus revendicative.

La région lémanique s’est distinguée par son essor économique et démographique. Cela renforce-t-il l’identité romande ou, au contraire, cela creuse-t-il les contrastes entre les diverses parties de celle-ci?

Les destins économiques des différentes parties de la Suisse romande semblent plus éloignés que jamais. Penser que le dynamisme lémanique actuel puisse jouer un rôle de locomotive vers l’émergence d’un espace romand plus cohérent impliquerait l’existence d’une vision commune partagée par tous les cantons romands. Or celle-ci relève d’une vue de l’esprit aujourd’hui.

Le morcellement de la Suisse romande ne ressemble-t-il pas beaucoup au morcellement de la Suisse alémanique, qui ne forme pas davantage un tout?

La Suisse alémanique raterait l’examen de passage pour devenir une région pour les mêmes raisons que la Suisse romande. Le Tessin fait un peu exception, dans la mesure où il bénéficie d’une plus grande lisibilité identitaire. En témoigne la dernière élection au Conseil fédéral, qui a vu le Tessin ne présenter qu’un seul candidat après avoir éliminé en interne d’autres candidatures potentielles, alors que les Romands se sont présentés en ordre dispersé.

Au vu du récent sondage Tamedia, l’initiative serait clairement rejetée. Etes-vous rassuré?

Il serait dangereux de sous-estimer les chances de succès de «No Billag». Les initiants ont pour eux l’avantage stratégique de placer leurs opposants dans la position de défenseurs du service public, posture hautement inconfortable à une époque où les coupes budgétaires ont été élevées au rang de dogme religieux.

Dossier
La controverse «No Billag»

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