politique

Stephan Moser, l’homme qui veut rebâtir l’UDC neuchâteloise

Aux abois après le retrait forcé d’Yvan Perrin, la section neuchâteloise de l’UDC a porté à sa tête un élu jusqu’ici discret, qui pourrait être le fédérateur dont le parti a besoin

La surprise du chef. Aux abois après le retrait forcé d’Yvan Perrin du Conseil d’Etat en juin 2014, carrément déliquescente après la perte du siège gouvernemental en septembre et le départ de son président Hugues Chantraine en décembre, l’UDC neuchâteloise avait cru devoir confier sa destinée incertaine à la seule bonne âme prête à s’engager, une inconnue de 37 ans, ukraino-suissesse, économiste au chômage, Olga Barben. Or, trois jours avant l’assemblée du parti, un homme qui pourrait être providentiel est sorti du bois, Stephan Moser. Lui aussi inconnu du grand public, il a marqué les esprits lors de son élection «claire», dit-il, survenue le 29 janvier.

Stephan Moser, 48 ans, exprime la jovialité naturelle de ses racines ajoulotes. Il est né et a passé son enfance à Vendlincourt, dans le Jura. A d’abord réalisé «un rêve», devenir boucher. «J’ai ainsi appris à travailler», dit-il. Mais sa santé l’a contraint de changer de cap à 23 ans. «Je suis entré aux PTT, comme facteur.»

Bilingue, il a gravi les échelons, obtenu un brevet de gérant et courtier immobilier en 2003 et assume depuis lors, à Lausanne, la fonction de gérant du parc immobilier de La Poste pour la Suisse romande, à la tête d’une équipe de plusieurs dizaines de personnes. «Je suis aussi père de famille et accessoirement supporter du club de hockey du CP Berne», sourit Stephan Moser, visiblement fier de son parcours.

La politique? «Depuis tout jeune, dans un canton du Jura en construction, elle m’a intéressée.» Il s’installe dans le canton de Neuchâtel en 1989, à Cressier, où il siège sous l’étiquette libérale durant quatre ans au législatif local. «L’essentiel, en politique, c’est de s’engager. On ne peut pas rester chez soi à pester et critiquer. C’est important de se battre pour ses valeurs et ses convictions. L’appartenance à un parti n’est pas si importante.»

Stephan Moser serait-il idéaliste? Il répond par un grand sourire, renvoie la question, se retrousse les manches et avoue avoir trouvé à l’UDC «le parti qui correspond le mieux à mes sensibilités, qui défend le citoyen contre cet Etat envahissant».

Il se contente dans un premier temps d’être sympathisant UDC, trop occupé par son job. Il entre au Grand Conseil neuchâtelois par la petite porte en 2011, comme député suppléant. Est élu titulaire en 2013, constitue la section UDC de l’Entre-Deux-Lacs, intègre le comité cantonal.

Sollicité, il décide, à la dernière minute, de se porter candidat à la présidence, alors que le comité du parti a adoubé Olga Barben. «Je me suis décidé par amour du parti.» N’allez pas lui dire qu’il est un lady-killer. Même s’il en faut plus pour lui faire perdre un calme olympien. «J’ai été élu par l’assemblée, Mme Barben a parfaitement accepté ce verdict, puisqu’elle est devenue vice-présidente avec Jean-Charles Legrix.»

Que dire à ceux qui craignent que Stephan Moser soit la marionnette de Jean-Charles Legrix? «C’est mal me connaître. Je ne me suis jamais laissé marcher sur les pieds et j’ai toujours pris mes responsabilités. Je suis un démocrate. L’assemblée de l’UDC nous a désignés, avec des majorités claires, nous travaillerons ensemble. Créé en 2001, notre parti est encore adolescent. Il m’appartiendra de comprendre et canaliser ses membres, leur montrer le but.»

Et de lâcher alors cette formule: «Nous devons construire une cathédrale.» Face à une moue dubitative, il s’explique: «Il s’agit de créer des fondations solides, fédérer, asseoir notre parti partout dans le canton. Cela risque de prendre un peu de temps. Je souhaite que dans quatre-cinq ans, nous ayons une assise électorale forte et stable de 22 à 25%.»

Est-ce possible, sans la figure emblématique et formidable locomotive électorale Yvan Perrin? «Bien entendu. Notre parti a surfé sur la vague UDC nationale et la figure d’Yvan Perrin. A nous de consolider la base, de nous appuyer non plus seulement sur une figure, mais sur des valeurs.» Lesquelles? «Défendre une Suisse neutre, indépendante de Bruxelles. Au plan cantonal, nous battre pour faire aboutir les réformes qui permettront d’assainir nos finances. Nous dépensons un tiers de trop.»

La première échéance, peut-être vitale, pour Stephan Moser et l’UDC neuchâteloise, sera la réélection de Raymond Clottu au Conseil national. La partie n’est pas gagnée. Mais Stephan Moser estime que «l’hypothèse de la perte de ce siège n’est même pas une option. Nous défendrons ce siège UDC de toutes nos forces.»

Jusqu’ici discret au Grand Conseil, Stephan Moser a «piqué du vif» depuis son accession à la présidence du parti, dit le président du groupe parlementaire Walter Willener. Il n’est ainsi pas président «par défaut». Une fois encore, l’homme retrousse ses manches. Il veut être un bâtisseur, ne se réfugiera pas derrière la stratégie de tout refuser. «J’ai voté non au Transrun, avoue-t-il, pas parce que je suis contre une liaison ferroviaire rapide entre le Bas et le Haut du canton, mais parce que Neuchâtel n’a pas les moyens de s’offrir un tel bijou. Il doit d’abord se réformer pour économiser. Après, je pourrai soutenir un vrai RER.»

Stephan Moser est peut-être l’homme de la situation, celui qui évitera le naufrage à l’UDC neuchâteloise. Ce d’autant qu’au-delà d’un discours construit et posé, il ne manque pas de lâcher l’une ou l’autre formule assassine, comme celle-ci: «Il faut aussi arrêter de soutenir les profiteurs et leurs camarades.»

«J’ai voté non au Transrun parce que Neuchâtel n’a pas les moyens de s’offrir un tel bijou»

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