Stephan Schmidheiny échappe à la prison

Amiante La Cour de cassation italienne a annulé la condamnation de l’industriel suisse

Coup de théâtre mercredi soir devant la plus haute instance italienne. La Cour de cassation a annulé la condamnation de Stephan Schmidheiny à 18 ans de prison dans le cadre du drame de l’amiante. L’industriel suisse est acquitté de toutes les charges pesant sur lui. Le retournement avait commencé dans l’après-midi, quand le procureur général auprès de la Cour de cassation avait demandé lui-même que le verdict de la Cour d’appel de Turin soit annulé en raison de la prescription. Porte-parole de l’industriel, Elisabeth Meyerhans Sarasin s’est félicitée que la Cour ait suivi les arguments des avocats de l’accusé. Elle a aussi rappelé que Stephan Schmidheiny était «considéré dans le monde entier comme pionnier dans la gestion des risques liés à la transformation de l’amiante» et qu’il s’était lui-même opposé à l’industrie pour faire évoluer les standards de protection.

«Désastre écologique»

Selon le verdict d’appel, Stephan Schmidheiny s’est rendu coupable de «désastre écologique intentionnel» pour ne pas avoir pris les mesures qui s’imposaient pour protéger les employés et la population de Casale Monferrato, dans le Piémont, contre les dangers de l’amiante. Aujourd’hui, les victimes d’une exposition aux poussières de la fibre dans cette localité de la plaine du Pô se chiffrent par milliers, et le cancer de la plèvre du poumon, qui connaît une période de latence particulièrement longue, continue à y faire des ravages.

Tout en se disant convaincu de la responsabilité du Suisse dans la tragédie, le procureur général a appelé la plus haute juridiction de la Péninsule à faire la différence entre l’application de la loi et le sentiment de justice. Selon lui, la prescription a commencé à courir dès 1986, date à laquelle l’usine de Casale Monferrato a cessé ses activités. Les activités délictueuses reprochées à l’industriel suisse ne s’étant pas poursuivies au-delà, il n’est pas possible de faire partir la prescription à une date ultérieure.

Dans les années 70, Stephan Schmidheiny avait hérité de son père Max la branche de l’empire industriel familial liée à l’amiante, tandis que son frère Thomas reprenait le secteur du ciment. A travers son groupe SEG, il est devenu, entre 1973 et 1986, l’actionnaire principal de la société italienne Eternit SPA, à la direction opérationnelle de laquelle il n’a toutefois jamais été directement associé. Sensibilisé très tôt aux questions environnementales, il a été étroitement associé à la préparation du sommet de Rio en 1992, date à laquelle l’Italie a interdit définitivement l’amiante, deux ans après la Suisse.

Devant la Cour de cassation, ses avocats ont soulevé de nombreuses objections de procédure et de fond. Estimant que leur client n’avait pas eu droit à un procès équitable, ils ont mis en doute l’impartialité de la justice italienne, en relevant que le président de la Cour d’appel avait fait un parallèle entre l’attitude de l’accusé et celle des nazis.