La retraite à 52 ans? Impensable. Si Stéphane Rossini continue de militer contre la retraite à 67 ans, ce n’est pas une raison pour se retirer de la vie active quinze ans plus tôt. Le président du Conseil national est pourtant confronté à un dilemme: que faire des douze à treize ans qu’il lui reste à travailler? L’incertitude est d’autant plus grande que, comme son collègue démocrate-chrétien Christophe Darbellay, le socialiste de Haute-Nendaz n’exclut pas d’accéder au Conseil d’Etat valaisan en 2017.

Comme l’écologiste Ueli Leuenberger, Stéphane Rossini a, comme président du Conseil national, mis un terme à la 49e législature le 25 septembre. Il sera sur le marché du travail dès le début du mois de décembre. A la différence qu’il a onze ans de moins que le Genevois (LT du 12.10.15). A la différence aussi qu’il est en mesure de reprendre, en partie du moins, ses activités antérieures de consultant en politiques sanitaires et sociales et d’enseignant.

Il y a un an et demi, alors que se profilait la perspective de la présidence du Conseil national, il a laissé tomber les cours qu’il donnait, en l’occurrence à l’antenne lausannoise de la HS de Suisse occidentale. «Il était évident que cette présidence serait une activité à plein temps pendant une année», confie-t-il. Il a néanmoins conservé une charge d’enseignement aux Universités de Neuchâtel (de février à mai 2015) et de Genève (d’octobre à décembre). Mais, désormais, «je laisse tout ouvert et je m’apprête dans les jours qui viennent à réactiver mon réseau pour faire savoir aux acteurs de la politique sanitaire et sociale que je suis à disposition.»

Son regard se porte jusqu’en 2017

Docteur en sciences sociales, formé à l’école du célèbre professeur Pierre Gilliand, Stéphane Rossini a conduit différents programmes de recherche en politique sociale. C’est dans ce domaine qu’il compte reprendre pied ces prochains mois. Il dit avoir d’ailleurs déjà reçu des propositions, qu’il a déclinées tant il était absorbé par sa charge présidentielle, qu’il remettra en principe à la libérale-radicale bernoise Christa Markwalder le 30 novembre. «Si une occasion professionnelle intéressante se présente à moi, je l’accepterai», annonce-t-il.

Mais il voit plus loin que 2016. Son regard se porte jusqu’en 2017, date du renouvellement des autorités politiques valaisannes. Et là, il se verrait bien, comme Christophe Darbellay, faire son entrée au gouvernement cantonal. Mais il doit attendre la décision que prendra l’actuelle titulaire de l’unique siège gouvernemental socialiste, la Haut-Valaisanne Esther Waeber-Kalbermatten. Première femme à siéger au Conseil d’Etat du canton, elle a été élue en 2009 et dirige, précisément, ces Affaires sociales que Stéphane Rossini chérit tant. Elle est âgée de 63 ans, mais on ne sait pas encore si elle sollicitera un nouveau mandat.

Or, Stéphane Rossini veut éviter de passer pour une sorte de vizir Iznogoud, désireux de devenir calife à la place du calife, qui, en l’occurrence se doublerait d’un lady-killer. Une image qui colle déjà à la peau du démocrate-chrétien jurassien Pierre Kohler, qui vise le siège de la sénatrice Anne Seydoux-Christe. Une image qui, la dimension du genre en moins, menace de coller à celle de Christophe Darbellay si son ambition gouvernementale se double de la volonté de chasser un magistrat en place.

Quatre anciens parlementaires?

«Je ne maîtrise pas la partie politique», reconnaît Stéphane Rossini. «Mais tous les gens que je croise me disent que je suis en campagne et que je suis le seul à ne pas savoir que je serai candidat au gouvernement valaisan», rigole-t-il. L’an dernier, Le Temps avait réuni les deux nouveaux présidents socialistes des Chambres fédérales, Stéphane Rossini et le conseiller aux Etats jurassien Claude Hêche, pour un portrait croisé à Bâle, ville ouverte sur le monde, ce dernier avait dit de son ami valaisan: «Son évolution me fait dire qu’il fera un excellent conseiller d’Etat».

Ce plan a de bonnes chances de se concrétiser pour autant qu’Esther Waeber-Kalbermatten renonce à revendiquer un troisième mandat. On pourrait alors retrouver au gouvernement valaisan quatre anciens parlementaires fédéraux: Jean-Michel Cina et Oskar Freysinger, qui s’y trouvent déjà, ainsi que Stéphane Rossini et Christophe Darbellay. Si ce scénario se réalise, le Valais pourra difficilement continuer de dire qu’il se sent négligé par la Berne fédérale.