Il avait été le rival d’Alain Berset en 2011, il en deviendra le subordonné: le ministre de l’Intérieur a nommé le Valaisan Stéphane Rossini directeur de l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS). Le Nendard de 55 ans succédera à Jürg Brechbühl le 1er décembre prochain. A défaut d’obtenir tous les postes visés, il a trusté les candidatures: il a postulé pour la succession de Micheline Calmy-Rey au Conseil fédéral en 2011, il a visé le Conseil d’Etat valaisan en 2017, finalement seule la présidence du Conseil national, fonction qu’il a exercée en 2015, lui a tendu les bras. Son nom avait d’ailleurs déjà été évoqué pour succéder à Yves Rossier à la tête de l’OFAS en 2012, mais c’est Jürg Brechbühl qui avait été désigné.

Stéphane Rossini a toujours été une sorte d’extraterrestre dans le terreau politique valaisan. Socialiste dans une région largement dominée par le PDC, chasseur dans un parti qui a plutôt tendance à défendre la vie animale, musicien de fanfare, il n’a jamais hésité à détonner dans les milieux qu’il a fréquentés. Né le 9 août 1963 à Sion, père de deux enfants, il a fait de la politique sociale son arbre de vie. Ses études à l’Université de Lausanne ont été ponctuées par une licence, un mémoire postgrade et un doctorat en sciences sociales. Il a été l’assistant d’une personne de référence dans cette matière, le professeur Pierre Gilliand, qui l’a considérablement influencé. Il a mené des programmes de recherche et a été chargé d’enseignement aux universités de Neuchâtel, de Fribourg et de Genève ainsi qu’à la HES de Suisse occidentale.

D’importantes réformes à mener

Il a été élu au Conseil national en 1999 et a siégé durant seize dans l’hémicycle fédéral. Il a logiquement présidé la Commission de sécurité sociale et de santé publique (OFSP) et a été un expert dans toutes les questions relevant des assurances sociales. Montagnard dans l’âme, il a toujours visé plus haut. Il a toujours rêvé d’être au cœur de l’action et d’endosser la responsabilité d’une fonction gouvernementale. Cela ne lui a pas réussi. En 2011, il s’est heurté à Pierre-Yves Maillard et à Alain Berset, ce dernier étant finalement choisi par l’Assemblée fédérale pour remplacer Micheline Calmy-Rey. En 2017, en pleine tourmente «freysingerienne», il s'est lancé dans la course au Conseil d’Etat valaisan, où il espérait dompter le bouillonnant UDC avec la complicité d’un autre ex-parlementaire fédéral, Christophe Darbellay. Mais sa candidature a alors été perçue à la fois comme anti-femme et comme anti-Haut-Valais, puisqu’elle menaçait directement la réélection d’Esther Waeber-Kalbermatten, qui incarnait cette double minorité. Il a échoué.

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Il en est ainsi resté à ses premières amours: les assurances sociales. Consultant indépendant, il «accompagne les ministres dans la mise en oeuvre des politiques sociales», a repris un enseignement aux Universités de Genève, Neuchâtel et Lausanne. Il préside aussi la Commission fédérale de l’AVS ainsi que le conseil de l’institut Swissmedic, l’autorité qui délivre les autorisations pour les produits thérapeutiques. Il remettra ces mandats d’ici au 1er décembre. A la tête de l’OFAS, il devra mener d’importantes réformes, en particulier AVS 21 et une nouvelle révision de la loi sur la prévoyance professionnelle (LPP). Après l’échec de Prévoyance vieillesse 2020 (PV 2020) devant le peuple en 2017, le paquet a été fractionné en deux parties. Stéphane Rossini sera notamment sous pression à cause des offensives réitérées de la droite politique et patronale pour un relèvement général de l’âge de la retraite. Or, le Valaisan a toujours été opposé à la retraite à 67 ans.