Face à une telle crise, on serre les rangs. Fait unique dans l’histoire récente, tous les partis politiques, UDC incluse, ont apporté lundi soir leur soutien aux restrictions édictées par le Conseil fédéral. Dans un communiqué commun intitulé «Un pour tous, tous pour un», ils ont déclaré qu’ils soutenaient «en bloc et sans réserve le Conseil fédéral» et lancé un appel à la population pour qu’elle obéisse aux injonctions du gouvernement.

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Celui-ci fait également bloc. Déjà à deux reprises, il a délégué quatre de ses membres pour souligner la gravité de la situation et détailler ses décisions. Celles-ci ont été prises en cascade, au fil de l’aggravation de la crise. Cela a commencé par l’interdiction des manifestations de plus de 1000 personnes, s’est poursuivi par la fermeture des écoles et enfin par celle des restaurants et commerces non indispensables à l’approvisionnement de base. Selon plusieurs sources concordantes, seul Ueli Maurer aurait émis des réserves à propos de cette troisième étape.

Un gouvernement attentiste

La stratégie du gouvernement a fait l’objet de critiques, de la part des scientifiques, du monde médical et du Tessin. Tous lui ont reproché son attentisme et sa lenteur. Fin connaisseur de la vie politique, Olivier Meuwly imagine difficilement un autre scénario. «Nos démocraties occidentales ont répondu avec une apparemment déprimante mollesse aux premiers assauts de l’infâme bestiole. Mais comment auraient réagi les gens si les autorités politiques, en Suisse ou ailleurs, avaient proclamé beaucoup plus vite l’état de siège? Avec rejet, se hasardera-t-on à pronostiquer…» écrit-il dans son blog. «Personne n’aurait cru ni compris qu’on décide de fermer les frontières ou les restaurants dès l’apparition du premier cas au Tessin», précise-t-il au téléphone.

Alain Berset a répondu à ces critiques. «Nous avons été parmi les premiers à fermer les écoles. Peut-être que d’autres Etats l’ont annoncé avant. Mais nous sommes plus rapides dans la mise en œuvre», a-t-il affirmé dans la NZZ am Sonntag. «Les pays plus centralisés, comme la France, n’ont pas pris des mesures plus rapides», acquiesce Olivier Meuwly. Il n’empêche que la Suisse n’a décidé d’intensifier ses contrôles aux frontières qu’après que les Etats voisins l’eurent décidé eux-mêmes.

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Asseoir son autorité

Ce qui est particulier, c’est l’élément fédéraliste. Dès le départ, le Conseil fédéral a cherché à s’assurer le soutien des cantons. Cela a été chaotique. Le 4 mars, Alain Berset a tenté de les convaincre d’uniformiser leurs pratiques pour les réunions de moins de 1000 personnes. Il a fait chou blanc. Les cantons restent attachés à leurs prérogatives, qui sont grandes dans les domaines de la santé, de la sécurité et de la formation.

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Ils ont ensuite fait pression pour que le Conseil fédéral prenne des mesures plus sévères. En particulier les Latins. Ils ont pris les devants en annonçant la fermeture des écoles et des établissements publics. Cela a clairement motivé le Conseil fédéral à franchir un pas supplémentaire. En décidant lundi de faire passer la crise du coronavirus au rang de «situation extraordinaire», il a pris les commandes et mis tout le pays au même niveau. «Il devait mettre de l’ordre après le flottement des jours précédents. Il a dû faire preuve d’autorité», commente un observateur fédéral. «Les cantons latins ont joué leur rôle de contre-pouvoir. Ils ont dit au Conseil fédéral: réveillez-vous», commente Olivier Meuwly, qui estime lui aussi qu’on en était arrivé au stade où le gouvernement devait asseoir son autorité.

Les cantons, notamment Genève et Vaud, n’en restent pas là. Ils continuent de faire pression en exigeant l’arrêt des chantiers. Membre de la direction du Secrétariat d’Etat à l’économie, Eric Scheidegger rappelle toutefois que «les cantons ne peuvent pas légiférer là où la Confédération l’a fait. En l’occurrence, les travaux de construction ne font pas partie des activités interdites», relève-t-il. Dans le cadre du coronavirus, l’influence des cantons se traduit par une sorte de stop-and-go.

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