La Commission de l'énergie du Conseil national coupe l'herbe sous les pieds du comité qui a lancé le référendum contre la première étape de la Stratégie énergétique 2050 (SE 2050). Mardi, elle a décidé par 24 voix sans opposition et une abstention (celle du PLR genevois Benoît Genecand) de ne pas entrer en matière sur la deuxième étape. Or, c'est cette seconde tranche qui permet à l'UDC de brandir la menace d'une facture de 200 milliards de francs, soit 3200 francs par ménage par an.

Pour avancer de tels chiffres, le comité référendaire piloté par l'UDC a systématiquement pris en compte les montants maximaux des taxes incitatives que cette seconde étape permettrait théoriquement d'appliquer: 3 centimes de plus par kWh d'électricité, 67 centimes par litre de mazout et 26 centimes par litre d'essence et de diesel.

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Tactique et économique

Si la commission rejette ce second train de mesures composé de taxes incitatives, c'est à la fois pour des raisons tactiques et économiques. Du point de vue stratégique, le refus très net signifié par la commission prive l'UDC de son principal argument d'opposition à la première étape, sur laquelle on votera le 21 mai. Du point de vue économique, les taxes envisagées, dont l'effet incitatif n'a pas convaincu, risqueraient de pénaliser l'économie suisse et les producteurs d'électricité nucléaire et hydraulique, déjà confrontés à d'importantes difficultés commerciales.

Tous les autres partis se réjouissent de poursuivre la campagne en vue du scrutin du 21 mai débarrassés des «chiffres fantaisistes» et des «affirmations fallacieuses» avancés par le comité référendaire et l'UDC. Benoît Genecand (PLR/GE), l'un des rares libéraux-radicaux à faire partie de ce comité, ne partage pas ce point de vue. «Je me suis abstenu en commission, car je ne veux pas participer au bal des hypocrites. L'objectif visé par la Stratégie énergétique est de diminuer la consommation de 43% d'ici à 2035. La première étape ne suffit pas à l'atteindre. Si l'on ne veut pas des taxes incitatives proposées, il faudra recourir à d'autres moyens ou admettre que l'on ne veut pas atteindre cet objectif, ce qui est hypocrite», commente-t-il.

40 francs et non 3200 francs par an

Selon les partisans de la première étape, qui s'appuient sur les chiffres de l'Office fédéral de l'énergie (OFEN), la facture de celle-ci s'élèverait à 40 francs par an en moyenne. On est loin des 3200 francs avancés par l'UDC. Réaction de Benoît Genecand: «Celui qui est sérieux est celui qui dit que la réforme énergétique va coûter quelque chose, pas celui qui dit qu'elle ne coûtera que 40 francs. Si l'on veut atteindre tous les objectifs fixés, il faudra une deuxième étape et celle-ci nécessitera des efforts substantiels», martèle-t-il.

Initié par Eveline Widmer-Schlumpf, le mécanisme de taxes d'incitations a suscité d'importants doutes dès le départ à cause du coût exorbitant des montants maximaux évoqués. La Commission de l'énergie du National en avait suspendu l'examen en avril 2016 déjà, soit bien avant que l'UDC ne lance le référendum contre le premier train de mesures de la SE 2050.