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Des jeunes femmes font la fête à la Langstrasse, à Zurich, en 2008.
© ENNIO LEANZA

Vie nocturne

La stratégie de Zurich pour apprivoiser les fêtards de la Langstrasse

Bruit, odeurs d’urine et verre brisé: les plaintes des habitants vivant autour de la Langstrasse augmentent. La ville fait le pari du dialogue et livre ses propositions pour apaiser le quartier: toilettes, téléphone, police et campagne de sensibilisation

Déjà au début du XXe siècle, la Langstrasse était surnommée la «rue du verre brisé». Un siècle a passé et sa réputation n’a pas terni. Bordée de restaurants, bars et clubs, l’allée entre Helvetiaplatz et Limmatplatz, vit surtout la nuit. Elle contribue à faire de Zurich un pôle de la fête. A l’aube, la rue ressemble à un champ de bataille, qui refile à ses habitants cernes et maux de tête. Certains d’entre eux se sont regroupés pour se plaindre aux autorités, en avril 2015. Dans une lettre de trois pages signée par 115 personnes, ils taxent bars et clubs de «saloperies qui détruisent la ville» et cumulent les doléances: bruit, déchets, odeurs d’urine.

Nous ne voulons pas que le quartier devienne une oasis de bien-être sur ordre de la ville.

Mais la Langstrasse compte aussi des adeptes féroces, pas seulement parmi les clubbers. Au cours de l’été 2015, une pétition en ligne «la Langstrasse est un lieu de culture et de sortie et doit le rester» a recueilli 2900 signatures. «Nous ne voulons pas que le quartier devienne une oasis de bien-être sur ordre de la ville», disent ses auteurs. Un groupe de jeunes politiciens de gauche et de droite a pris le relais en créant l’association «Pro Nachtleben Zürich», qui compte s’opposer à la «sur-régulation» de la vie nocturne. A leurs yeux, la fête est déjà trop bridée.

La ville a décidé de «ne pas choisir de camp». Mais, mardi, elle a annoncé une stratégie pour apaiser le quartier de la Langstrasse. Le municipal responsable de la police, Richard Wolff, avance avec prudence: l’élu du parti de gauche radicale Liste Alternative, n’aime pas le mot «mesure». Son credo: «Nous devons trouver l’équilibre entre quartier d’habitation et vie nocturne.»

Pissoir, ligne téléphonique et campagne d’information

La recette zurichoise repose sur «des petites choses», admet Richard Wolff. Mais, bout à bout, elles peuvent «changer la vie des habitants du quartier». Des toilettes mobiles seront installées dans le quartier, pour éviter que les fêtards ne se soulagent contre les murs des immeubles et dans les cours intérieures. Les shops ouverts 24h/24 heures s’engagent à faire respecter un «code de comportement», destiné à réduire le bruit et les déchets sur le pas de leurs portes. Une campagne de sensibilisation à coups de slogans affichés dans le quartier rappellera aux noctambules l’existence du voisinage. Enfin, les habitants pourront adresser leurs doléances directement aux tenanciers de clubs et de bars, par téléphone.

Les tenanciers de clubs et bars ont intérêt à être acceptés par les habitants et les autorités.

Il y aura aussi davantage de patrouilles policières dans le quartier. Mais Richard Wolff est convaincu que la conciliation vaut mieux que la répression: «Les tenanciers de clubs et bars ont intérêt à être acceptés par les habitants et les autorités.» Les propositions élaborées par les autorités, précise-t-il, repose sur «le dialogue, la participation volontaire et la raison». Elles sont le fruit de discussions tenues lors de deux tables rondes, en septembre 2015, puis en janvier 2016, qui ont réunis la police, les tenanciers de clubs et de bars et un échantillon d’habitants du quartier. Parviendront-elles à apprivoiser la fête? Une nouvelle réunion entre autorités, patrons des clubs et habitants aura lieu en septembre prochain, après les festivals de l’été, pour le dire.

En attendant, l’association des défenseurs de la vie nocturne «Pro Nachtleben Zürich» s’est déclarée satisfaite que la ville n’ait pas opté pour une approche plus restrictive, mais elle se montre sceptique quant à l’efficacité d'une campagne de sensibilisation auprès des noctambules et critique la présence renforcée de la police. Aux yeux des jeunes politiciens, les autorités sont déjà allées trop loin avec une nouvelle mesure adoptée l’an dernier, qui impose aux bars d’obtenir une autorisation de construire pour prolonger leurs heures de fermeture après minuit, permettant ainsi aux voisins de s’y opposer. Pourtant, depuis l’instauration de cette nouvelle règle, rien n’a changé ou presque dans le paysage de la nuit zurichoise. La police a octroyé 25 autorisations supplémentaires et enregistré «quasiment aucune objection», précise Alexandra Heeb, déléguée à la sécurité du quartier de la Langstrasse.

Une image de ville de fête à préserver

Zurich tient à son image de ville festive. La libéralisation de la vie nocturne remonte à 1997, avec la réforme de la loi sur les auberges, acceptées en votation populaire. Depuis, bars et clubs se sont multipliés, la ville compte quelque 650 lieux de sortie autorisés à fermer après minuit. Car la demande dépasse largement les frontières de la ville: «Un million d’habitants ont accès au centre de Zurich via le réseau de transport de nuit», souligne Alexander Bücheli, de la commission des bars et des clubs qui, avec une centaine de membres, représente environ 5000 emplois et 400 millions de revenus par an.

La vie nocturne n’est pas seulement un espace de culture, de plaisir ou de nuisances. C’est aussi un tissu économique très important.

«La vie nocturne n’est pas seulement un espace de culture, de plaisir ou de nuisances. C’est aussi un tissu économique très important», observe Alexander Bücheli, qui salue l’approche libérale de Zurich à l’égard de la fête et notamment l’absence d’heures de fermeture. A ses yeux, les villes qui souhaitent trop réguler la vie nocturne font erreur: «Le marché libre régule la nuit mieux que n’importe quelle loi. Ce qui crée des problèmes, c’est lorsque les fêtards se retrouvent tous dehors, avec nulle part où aller, à cause de la fermeture des portes à 4h du matin.»


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