Politique 

Les stratégies gagnantes pour porter les candidates

Une tendance s’est dessinée aux cours des derniers mois à Bâle-Campagne, Lucerne, Appenzell Rhodes-Extérieures, Zurich ou encore au Tessin: des femmes prennent le pouvoir

A l’issue des élections cantonales de mars dernier à Zurich, la novice en politique Sarah Akanji, 25 ans, est arrivée quatrième meilleure élue, après trois hommes UDC. «Les femmes prennent leurs responsabilités et s’engagent», se réjouit la socialiste, alors qu’elle commence sa carrière d’élue au sein d’un nouveau parlement zurichois occupé par 40% d’élues: un taux pas encore représentatif, mais historique.

Le constat d’une sous-représentation endémique des femmes et des jeunes dans les sphères de pouvoir a poussé la footballeuse, qui est aussi la sœur du joueur de l’équipe de Suisse Manuel Akanji, à se lancer en politique. Son expérience – elle a créé une équipe féminine de foot – et son réseau dans le milieu sportif et culturel l’ont portée. A son tour de convaincre d’autres femmes: elle œuvre à la campagne du PS cantonal en vue des élections fédérales d’automne.

On apprenait cette semaine que les Verts zurichois misent de leur côté sur Tamy Glauser, habituée des pages people avec sa compagne, l’ex-Miss Suisse Dominique Rinderknecht. La mannequin se lance dans la course au Conseil national. Comme Sarah Akanji, elle incarne un nouveau visage de la politique suisse: féminin et jeune.

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Une tendance s’est dessinée aux cours des derniers mois à Bâle-Campagne, Lucerne, Appenzell Rhodes-Extérieures, Zurich ou encore au Tessin: des femmes prennent le pouvoir. Les efforts des partis pour recruter des candidates portent leurs fruits. «Les thèmes actuels du climat ont profité aux partis de gauche et aux Verts, qui présentent plus de femmes. Quand ils gagnent, les femmes gagnent aussi», souligne Cloé Jans, de l’institut d’analyse gfs. Mais ce n’est pas tout.

A Zurich par exemple, le président du PLR a manqué son élection et s’est trouvé devancé par une jeune inconnue, Angie Romero. L’UDC, cancre de la représentation féminine, a vu aussi émerger ses étoiles montantes comme Daniela Rinderknecht ou Nina Fehr Düsel, mieux élues que de nombreux hommes. «L’effet de campagnes personnelles très engagées menées par des femmes», estime Peter Moser, analyste auprès du canton de Zurich.

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Point commun dans ces cantons très différents: il n’y avait jamais eu autant de candidates. A Zurich, sur 1734 prétendants, 723 étaient des femmes (41,4%), contre 36,2% en 2015. Et parmi elles, 40% ont été élues. En 1979, elles étaient 295 et moins de 10% étaient parvenues à se faire une place au parlement. A Lucerne, on dénombrait 314 candidates cette année, contre 205 en 2015. Désormais, le canton conservateur de Suisse centrale compte 34,2% de femmes: 5% de plus qu’il y a quatre ans. Pour Claudia Bernasconi, élue PDC et membre du réseau de femmes lucernoises, la population a entendu le message. Son propre parti, d’ordinaire peu habile à mettre en avant ses forces féminines, présentait cette fois 50% de candidates sur ses listes. Mais le succès tient aussi à l’alliance large des femmes de tous les partis en faveur de profils féminins, dit-elle: «Nous sommes parvenues à motiver des électrices et électeurs rebutés par les clivages traditionnels gauche-droite».

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Objectif: 50%

«Trop longtemps, on s’est contenté de la présence d’une poignée de femmes en politique. Or cela ne suffit pas, l’objectif doit être 50%», souligne encore Claudia Bernasconi. Et pour cela, il faut déployer davantage d’efforts pour aller les chercher. En guise de stratégie, le réseau de femmes a invité des femmes à participer à des podiums de discussion et des workshops sur la conciliation entre vie politique et vie familiale, pour «donner confiance aux femmes et leur montrer que c’est possible». A Lucerne, la présence d’un exécutif exclusivement masculin empêtré dans des déboires financiers a contribué à la volonté de renouveau.

Comme à Appenzell Rhodes-Extérieures, où les cinq sièges de l’exécutif sont occupés par des hommes. En mars, 22 femmes sur 65 ont été élues au parlement (33,8%). Ce demi-canton part de loin: il est l’avant-dernier à avoir octroyé le droit de vote aux femmes, en 1989. Magazine des femmes en campagne envoyé à 60 000 habitants, incitations aux partis à placer les noms féminins en bonne place sur leurs listes ou coaching pour les candidates: là aussi, l’activisme de la centrale des femmes, qui fête ses 90 ans, a porté.

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