Justice

Ces stratégies qui risquent de compliquer l’affaire Warluzel à Genève

Les déclarations publiques de l’ancien ténor du barreau, poursuivi pour avoir tiré sur son aide-soignante, sont en contradiction avec l’acte d’accusation en procédure simplifiée. De quoi troubler la validation de cette solution qui prévoit une peine de 30 mois avec sursis partiel, suspendue au profit d’une mesure

Une solution négociée dont le principal intéressé dit le plus grand mal par voie de presse. C’est le scénario compliqué que Dominique Warluzel réserve au Tribunal correctionnel de Genève qui sera appelé à entériner l’issue présentée en procédure simplifiée. Cet acte d’accusation, rédigé par le procureur général Olivier Jornot et encore soumis à l’acceptation des parties, requiert le prononcé d’une peine de 30 mois de prison, dont 24 avec sursis, le tout suspendu au profit d’une mesure thérapeutique institutionnelle. Les débats, fixés en urgence pour mi-octobre, pourraient toutefois révéler des surprises si l’avocat persiste à défendre une autre version des faits.

Le 29 août dernier, les nouveaux conseils de Dominique Warluzel, Mes Charles Poncet et Christian Lüscher, ont sollicité une voie simplifiée pour éviter un procès public long et incertain ainsi qu’une «crucifixion médiatique supplémentaire du prévenu». L’indemnisation de la plaignante, à hauteur de 170’000 francs, comme l’a révélé mercredi la Tribune de Genève, avait été négociée auparavant par Me Jacques Barillon et soumise à un accord de confidentialité bien peu respecté.

La défense a tenté de convaincre le parquet de la thèse de la négligence aboutissant à une mise en danger et non à une tentative de meurtre par dol éventuel. En substance, Dominique Warluzel, excédé et furieux contre les revendications salariales de son employée, a agité l’arme (dont le percuteur était relevé) dans la direction générale de la victime et le coup est parti accidentellement. L’aide-soignante a d’ailleurs déclaré n’avoir jamais eu le sentiment qu’il voulait tirer sur elle. Il n’aurait donc jamais envisagé, ni accepté une possible issue fatale.

Les faits et le risque mortel

Olivier Jornot n’entend visiblement pas partager cette lecture. Et ce malgré les appels de la défense à ne pas céder à la pression née du battage médiatique, ni à la crainte de paraître trop clément envers ce prévenu très connu. L’acte d’accusation, daté du 16 septembre, retient bien la prise du risque mortel pour les événements intervenus le 2 janvier 2016 dans cette suite médicalisée d’un palace genevois.

Celui-ci précise: «Dominique Warluzel a gesticulé en pointant l’arme en direction de la plaignante durant plusieurs secondes avec le bras fléchi à hauteur du nombril. Il a alors intentionnellement fait feu en sa direction sans aligner les organes de visée. Voyant qu’il allait tirer, elle a rapidement pris la fuite jusqu’à une autre chambre». La balle est passée à une vingtaine de centimètres de son corps.

L’accusation retient aussi une mise en danger de la vie d’autrui pour avoir, un ou deux jours avant le tir, collé le canon du revolver, chargé, chien levé, doigt sur la détente, sur le front ou la tempe de son aide-soignante alors qu’elle se tenait accroupie afin de le chausser. S’ajoute une infraction à la loi sur les armes pour avoir, avant son départ aux Bahamas et son accident vasculaire cérébral, possédé un pistolet-mitrailleur sans autorisation et acquis encore un autre pistolet. Quant à l’altercation avec un soignant lors de sa détention, cet épisode fait l’objet d’une décision de classement.

Désaccord public

Défense et partie plaignante ont jusqu’au 29 septembre pour accepter ou refuser cet acte d’accusation. En cas de refus — scénario très peu probable — l’affaire repart en procédure ordinaire. En cas d’acceptation, le tribunal doit encore valider la solution négociée. Il devra interroger le prévenu pour s’assurer qu’il reconnaît les faits retenus, que sa déposition concorde avec le dossier et que la peine est acceptée. L’exercice s’annonce ici plus imprévisible que d’habitude car les faits, le droit et la mesure ont été publiquement critiqués.

Dans une interview accordée le 18 septembre au Matin Dimanche, Dominique Warluzel déclarait ainsi: «Le coup est parti sans que je le veuille et je pointais complètement ailleurs, vers une porte, sans diriger mon arme dans sa direction, ce que d’ailleurs elle admet». Reste à savoir ce que l’avocat dira finalement en audience et ce que le tribunal fera de ces stratégies médiatico-judiciaires.


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