Le mois de novembre sera celui du semi-confinement à Genève. Face à une «situation dramatique» sur le plan sanitaire, et notamment aux HUG où 474 personnes sont désormais hospitalisées dont 56 aux soins intensifs et intermédiaires, le Conseil d’Etat a frappé fort ce dimanche. Dès lundi soir, tous les commerces non essentiels, les bars, les restaurants, mais aussi les établissements de loisirs et d’esthétique seront fermés. Des «mesures difficiles, mais indispensables» pour casser la hausse vertigineuse des cas de Covid-19, a décrété le gouvernement genevois qui dément avoir tardé à réagir. Il appelle par ailleurs la population à ne quitter son domicile qu’en cas de nécessité.

Avec plus de 1000 nouveaux cas par jour, dont environ 10% nécessitent une hospitalisation, Genève atteint aujourd’hui un niveau de crise plus élevé que lors de la première vague. «Les HUG sont proches de la saturation et envisagent de devoir héliporter des patients dans d’autres cantons, voire de procéder à un tri aux admissions», a averti la présidente du Conseil d’Etat Anne Emery-Torracinta. Affirmant avoir «tiré les leçons» du mois de mars, le gouvernement a prévu des exceptions à l’état de nécessité instauré, pour l’heure, jusqu’au 29 novembre.

Ecoles, crèches, mais aussi librairies et fleuristes resteront ouverts, tout comme les magasins d’alimentation, les pharmacies ou encore les chantiers. La règle des cinq personnes maximum pour les manifestations privées reste valable. Les visites en EMS demeurent autorisées sauf dans les cas de clusters.

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Le domaine du sport est lui aussi restreint. «Les enfants de moins de 12 ans membres d’un club peuvent continuer à s’entraîner dans des groupes de 15 personnes maximum, mais les compétitions sont annulées», a précisé le ministre de la Cohésion sociale, Thierry Apothéloz. Pour les personnes de plus de 12 ans, l’entraînement doit avoir lieu en présence de cinq personnes maximum et avec masque. Sur le front du social, une cellule de crise se réunira ce jour pour examiner la question d’une aide d’urgence et le retour des distributions alimentaires.

L’Etat promet d’aider les entreprises

Pour le tissu économique genevois, c’est un nouveau coup dur. «Le Conseil d’Etat en est conscient et entend accompagner les entreprises», affirme la ministre des Finances, Nathalie Fontanet, précisant qu’elle rencontrera les représentants de l’économie mardi. La conseillère d’Etat ajoute que des contacts avec la Confédération ont déjà eu lieu afin de reconduire les RHT et les APG. Fortement endetté, le canton a-t-il encore les moyens d’aider ses entreprises? «L’Etat a la responsabilité d’aider le secteur privé dans un contexte aussi extraordinaire, affirme Nathalie Fontanet. Un soutien important sera apporté aux entreprises, en premier lieu pour préserver l’emploi.» La prolongation du délai-cadre pour les chômeurs en fin de droits doit encore être examinée.

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Malgré un échange rassurant avec la ministre, Laurent Terlinchamp, président de la Société des cafetiers, restaurateurs et hôteliers genevois, reste très inquiet. «Après les traumatismes du mois de mars, le monde s’écroule à nouveau, lâche-t-il. Cette fois-ci, le secteur a besoin d’une aide immédiate.» Moins de tables, fréquentation en baisse: la situation était déjà très difficile pour la branche. Même si la vente à l’emporter reste possible, un arrêt total de l’activité durant trente jours pourrait bien sonner le glas de certains établissements. «La plupart de nos membres n’ont pas pu se verser de salaire depuis six mois, s’alarme Laurent Terlinchamp. Plus de 15% d’entre eux n’ont pas pu payer leurs cotisations de cette année.»

L’école pour l’heure épargnée

Epargnées par les annonces du jour, les écoles vont continuer à fonctionner normalement avec les précautions sanitaires d’usage. Le port du masque est désormais obligatoire au Cycle d’orientation également. Et si ce dernier n’est pas respecté? «Si nous constations un relâchement au secondaire II notamment, nous pourrions basculer dans un régime de cours à distance», a prévenu Anne Emery-Torracinta.

D’autres mesures pourraient suivre

Il y a dix jours, les HUG tiraient déjà la sonnette d’alarme, pourquoi avoir attendu avant de réagir? «Le Conseil d’Etat a tenté d’adapter au mieux sa stratégie à la hausse de l’épidémie, répond Mauro Poggia, chef du Département de la sécurité, de l’emploi et de la santé. Force est de constater que le virus a progressé plus vite que les mesures prises. Une partie de la population a également continué à se comporter comme si la pandémie n’existait pas.» Le ministre précise d’ailleurs que la limite des mesures n’est pas atteinte. «Si nous ne parvenons pas à endiguer la hausse des cas, d’autres restrictions pourraient suivre.»

L’éventualité d’un couvre-feu ne semble pour l’heure pas envisagée, même si Genève en a la capacité juridique. Le canton compte sur la police cantonale, épaulée par les brigades municipales pour «faire respecter les règles» et notamment l’interdiction de réunion à plus de cinq personnes dans l’espace public.