Elle flotte sur un nuage. Dès son entrée dans l'auditoire de l'Université de Lausanne, où se pressaient un millier de personnes, Eveline Widmer-Schlumpf a mesuré qu'elle était en terrain de sympathie. Peu importe qu'elle soit de droite, qu'elle habite l'UDC, son «pays politique», elle reste la femme grisonne qui a contribué à déloger Christoph Blocher du Conseil fédéral.

Elle a beau s'en défendre, comme lundi soir sur la TSR, après la diffusion du film qui reconstitue les circonstances de son élection au Conseil fédéral. Elle représente ici, invitée par le conseiller d'Etat libéral Philippe Leuba, et par 24 heures dont le rédacteur en chef Thierry Meyer animait la soirée, une sorte d'ouverture inespérée face à la «fermeture» de celui qu'elle a remplacé.

Dans son court discours d'introduction, elle a abordé les dossiers qui sont ceux de son hôte: la politique des étrangers, la réforme judiciaire, mais aussi la sécurité. Ce recentrage sur les dossiers politiques, plutôt que sur les querelles de parti, lui a permis d'éviter de prendre spontanément la parole sur ses démêlés avec l'UDC - elle n'a évoqué le thème qu'à l'heure des questions, répétant qu'elle peut travailler au Conseil fédéral sans son parti.

La séduction fonctionne à plein. On l'écoute dans un silence religieux, on l'applaudit dès qu'on peut. Ni plus ni moins que les 12000 personnes réunies sur la place Fédérale pour lui signifier il y a quelques semaines leur soutien face aux menaces de sa formation.

Au bout du compte, en l'invitant de magistrat à magistrat, Philippe Leuba a réussi une opération profitable. L'échange espéré entre les autorités et la population, certes plutôt des notables et des politiciens, a eu lieu. Eveline Widmer-Schlumpf a renforcé son capital sympathie, non sans flatter les Vaudois par sa maîtrise du français.

A son tour, le chef du Département de l'intérieur a soigné son image d'homme respectueux des institutions, attentif à ne pas s'immiscer dans les affaires internes de l'UDC, dont la section vaudoise décide aujourd'hui s'il faut exclure son homologue grisonne du parti suisse.