Gouvernement

Succession Burkhalter: les sections romandes portent leur regard sur le choix des Tessinois

En désignant Ignazio Cassis comme seul candidat, le PLR tessinois lance un appel à des candidatures romandes concurrentes. Changera-t-il d’avis le 1er août? La «Weltwoche» tente un coup en lançant le nom du patron d’UBS, Sergio Ermotti

La décision de la direction du PLR tessinois de présenter la candidature unique d’Ignazio Cassis à la succession de Didier Burkhalter ne cesse d’alimenter les discussions. Comme l’a souligné la présidente du parti, Petra Gössi, il est exclu de ne proposer qu’un seul nom à l’Assemblée fédérale. Du coup, si la section tessinoise s’obstine, elle invite ses consœurs romandes à lancer des candidatures, ce qui, forcément, équivaut à concurrencer celle d’Ignazio Cassis.

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Jusqu’à maintenant, la légitimité du Tessin d’avoir de nouveau un représentant au gouvernement national dix-huit ans après le départ de Flavio Cotti n’a guère été contestée. Pour être sûr à 100% qu’un italophone succédera à Didier Burkhalter, il faudrait donc que la section tessinoise offre elle-même un choix. La décision finale sera prise lors de la réunion extraordinaire du comité cantonal le 1er août. «Le problème, c’est que le PLR tessinois veut absolument Ignazio Cassis et que celui-ci ne fait pas l’unanimité dans sa section cantonale», analyse un membre du parti national.

«Le PLR vaudois est deux fois plus grand»

Cette situation n’a pas échappé aux sections romandes qui, comme celle du canton de Vaud, ne perdent pas l’espoir de récupérer le siège de Didier Burkhalter. «Le PLR vaudois est deux fois plus grand que le PLR tessinois et c’est une section plus forte», fait remarquer son président, Frédéric Borloz. «Si nous nous lançons, ce n’est pas contre le Tessin», affirme-t-il. Dans les faits, c’est pourtant le cas.

La question est désormais de savoir si les personnes intéressées par l’aventure ont intérêt à attendre la décision finale du 1er août ou si elles peuvent se lancer indépendamment de cette échéance. «C’est une bonne question», admet Frédéric Borloz. Elle concerne les Vaudoises Isabelle Moret et Jacqueline de Quattro, qui ont laissé entendre qu’elles se détermineraient d’ici à fin juillet, mais aussi le Genevois Pierre Maudet.

Le souvenir de 2010

Formellement, rien ne les oblige à se déterminer avant le 1er août, les candidatures devant être annoncées au parti national au plus tard le 11 août. «Nous attendons sagement la décision du 1er août. Cela ne sert à rien de sortir du bois trop tôt, mais chacun est libre de faire comme il l’entend. Il faut cependant se demander quelle incidence cela peut avoir sur le choix que fera le PLR tessinois», commente prudemment Frédéric Borloz, qui sera en vacances du 2 au 9 août mais sera de retour pour la réunion du PLR vaudois du 10.

Dans tous les cas de figure, l’élection du favori Ignazio Cassis ne sera pas garantie avant le 20 septembre. Le PLR suisse ayant la volonté de présenter au moins deux noms à l’Assemblée fédérale, il sera accompagné jusqu’au bout par un colistier ou plus vraisemblablement une colistière qui, forcément, représentera une concurrence sérieuse pour lui. Il suffit de se souvenir de l’élection de 2010, lorsque l’hyper-favorite Karin Keller-Sutter avait été devancée dans la dernière ligne droite par Johann Schneider-Ammann.

Un banquier au gouvernement?

Une candidature tessinoise autre que les noms avancés jusqu’à maintenant – Ignazio Cassis, Laura Sadis, Christian Vitta – est-elle envisageable? Sous forme de provocation, la Weltwoche a avancé jeudi le nom du patron d’UBS, Sergio Ermotti. L’hebdomadaire de Roger Köppel vante sur quatre pages les mérites du banquier tessinois qui a remis son entreprise sur les rails.

«Cela démontre que notre canton dispose de fortes personnalités sur le plan aussi bien économique que politique. Mais, bien que ses idées soient proches de celles que nous défendons, Sergio Ermotti n’est pas actif en politique», commente, surpris, le président du PLR tessinois, Bixio Caprara. L’expérience a toutefois démontré que le parlement n’était guère enclin à propulser au Conseil fédéral des gens extérieurs au sérail politique fédéral. Par ailleurs, l’élection d’un banquier au gouvernement d’un pays qui sort tout juste de fortes turbulences bancaires risquerait de jeter une nouvelle ombre sur lui. «Et si ça vient de Roger Köppel…» lâche laconiquement un membre du PLR.

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