Dix jours après l’annonce du départ de Pascal Couchepin du Conseil fédéral, les tactiques et stratégies des partis s’affinent. Alors que la question de la latinité du siège laissé vacant bat son plein et que l’éventuelle candidature du PDC Urs Schwaller divise, un sondage d’Isopublic, publié dans le Matin Dimanche, le SonntagsBlick et Il Caffé, vient ajouter son grain de sel dans cette course à la succession qui verra son épilogue le 16 septembre prochain.

On y apprend que près de la moitié des Suisses (45,9%) acceptent l’idée qu’un Alémanique succède à Pascal Couchepin. 58% des Alémaniques estiment que le siège ne doit «pas forcément» revenir à un Latin, alors que 68,5% des Romands affirment que cela doit être le cas. Pas de surprise du côté des Tessinois: ils sont 55% à penser que le siège doit revenir à un Latin.

Autre résultat étonnant: 42% des sondés sont d’avis que le successeur de Pascal Couchepin doit être une femme. Ce qui donnerait un gouvernement à majorité féminine, avec les sièges déjà occupés pas Micheline Calmy-Rey, Doris Leuthard et Eveline Widmer-Schlumpf. A ce propos, la conseillère d’Etat vaudoise Jacqueline de Quattro souligne dans le Matin Dimanche: «Oui, ce serait du jamais vu. C’est pour cela aussi que les femmes radicales ont envie d’écrire une nouvelle page de l’histoire».Les femmes libérales-radicales proposeront probablement un ticket mixte, soit en 2009 soit en 2011. La Vaudoise, qui dit ne pas être candidate, estime aussi que les Tessinois devraient plutôt s’attaquer à la prochaine vacance alémanique.

Pour ce qui est de l’appartenance politique du nouveau conseiller fédéral, la majorité des Suisses ne semblent pas vraiment s’en soucier. Seuls 23,3% des sondés pensent que les libéraux-radicaux doivent garder le siège, contre 12% en faveur du PDC. Et 10,6% des sondés pensent que l’UDC est légitimée à obtenir le siège de Pascal Couchepin. Le parti n’a d’ailleurs pas totalement exclu, lors de son congrès samedi à Altstätten (SG), de revendiquer un deuxième siège dès cette élection. Il a en tout cas lancé un appel à la candidature. Tout dépendra du résultat des négociations avec le PLR et le PDC. En tout cas, des noms comme ceux des UDC romands Guy Parmelin et Jean-François Rime circulent déjà.

Dans la NZZ am Sonntag, Pascal Couchepin dit regretter la polémique autour de ses déclarations sur Urs Schwaller, doutant de sa qualité à représenter les Romands. «Je ne m’exprimais pas sur la personne mais sur le principe». Mais «ce serait un scandale» que son successeur ne soit pas un Romand, insiste-t-il. Si le conseiller aux Etats singinois était élu au Conseil fédéral, «imaginez: six des sept conseillers fédéraux seraient des Suisses allemands!». «Cela signifierait que la majorité dans le pays a l’impression qu’elle peut tirer presque toute la couverture à soi et que la minorité doit se contenter de ce qu’on lui laisse».

Pascal Couchepin souligne par ailleurs une nouvelle fois que le mandat présidentiel devrait être prolongé de deux à trois ans. Et il met en garde contre «l’israélisation de la politique suisse» et l’«éclatement des forces politiques». A ses yeux, l’émergence de nouveaux petits partis, comme le Parti bourgeois démocratique (PBD) ou les Verts libéraux, nuit à l’équilibre. «On le voit actuellement, à l’occasion de mon retrait: des petits partis ont déjà dit qu’ils soutiendraient tel ou tel candidat si en contrepartie on leur donne des garanties sur ceci ou cela», commente le conseiller fédéral, en parlant de «bazar». Il estime qu’il faudrait discuter d’un quorum de 5%.

Ueli Leuenberger, le président des Verts, a lui aussi eu droit à la sollicitation de la presse dominicale. Dans le SonntagsBlick, il affirme que le siège laissé vacant par Pascal Couchepin doit absolument revenir à un Romand ou à un Tessinois, mais considère qu’Urs Schwaller pourrait très bien faire l’affaire. Il n’exclut pas une candidature des Verts («Tout parle en faveur d’une candidature écologiste»), mais déclare en tout cas ne pas avoir l’intention, en 2011, de viser un des deux sièges du PS, qu’il ne veut pas affaiblir. Dans Sonntag, Ueli Leuenberger avoue toutefois avoir peu goûté aux propos de la cheffe du groupe socialiste à l’émission Arena vendredi soir. L’accès des Verts au Conseil fédéral n’est pour l’instant «pas une option», a-t-elle affirmé.

Urs Schwaller reste, lui, imperturbable à propos de la polémique qu’il a déclenchée malgré lui. Il reste toujours mystérieux sur ses réelles intentions. «Il n’y a aucune raison de se précipiter», déclare-t-il à la NZZ am Sonntag. Le journal s’intéresse par ailleurs au conseiller d’Etat vaudois Pascal Broulis, en soulignant que le radical a des appuis parmi les socialistes et les UDC.

Enfin, le président de la Confédération, Hans-Rudolf Merz, n’échappe pas au dossier succession du moment. «Oui, le successeur de Pascal Couchepin doit être un Latin», dit-il. «Il existe dans notre pays des sensibilités et des mentalités différentes. Et elles doivent être représentées au Conseil fédéral», ajoute-t-il. Mais si certains de ses collègues se sont exprimés sur le «cas» Urs Schwaller et le fait qu’il peut être considéré comme un Romand ou non, Hans-Rudolf Merz refuse de se prêter à ce jeu.