Le PDC fribourgeois dira vendredi s’il veut ou non s’allier avec le PLR et l’UDC pour assurer l’élection de son candidat, Jean-Pierre Siggen, à la succession d’Isabelle Chassot au Conseil d’Etat. L’assemblée s’annonce tendue, car la convention négociée entre les représentants des trois partis divise le PDC.

Outre les réticences idéologiques à s’allier à l’UDC, les pontes du grand vieux parti fribourgeois réunis au sein du comité directeur ne veulent pas d’un accord négocié par le président du PDC et qui prévoit de reconduire cette entente lors des prochaines élections fédérales de 2015. Pour plusieurs raisons. Les trois principaux concernés, le conseiller aux Etats Urs Schwaller et les conseillers nationaux Dominique de Buman et Christine Bulliard-Marbach y seraient défavorables. A Fribourg, l’UDC est restée de tendance agrarienne. Ce n’est pas le cas à l’échelon fédéral, où la mésentente est patente entre les deux partis, notamment depuis la participation du PDC – et plus spécialement d’Urs Schwaller, chef du groupe parlementaire – à l’éviction de Christoph Blocher en 2007. Sous la Coupole, les élus PDC fribourgeois naviguent entre le centre et le centre gauche, bien loin en tout cas de l’UDC zurichoise, et c’est avec les vert’libéraux et le PBD qu’ils tentent de former un centre fort. En outre, le risque existe pour le PDC de finalement perdre un des deux sièges au Conseil national au profit de l’UDC, même si ce risque est davantage réel pour la gauche.

Président du PDC, Eric Menoud a-t-il commis une erreur en acceptant d’inclure dans l’accord les prochaines élections fédérales de 2015? «Personnellement, je n’y suis pas opposé», répond le président désavoué par son comité directeur. Il justifie sa position par l’importance de conserver une majorité de droite au Conseil d’Etat et de former une alliance purement tactique pour atteindre cet objectif. Mais depuis l’annonce du départ d’Isabelle Chassot pour l’Office fédéral de la culture, «il a fallu faire très vite. Probablement trop vite, car certaines choses ne peuvent pas se régler en trois semaines», dit-il.

Effectivement, une entente de la droite en vue des élections fédérales de 2015 pourrait profiter à l’UDC. Sauf que ce n’est pas l’UDC qui en a fait une condition sine qua non à son soutien à Jean-Pierre Siggen mais le PLR, représenté dans les négociations par le conseiller national Jacques Bourgeois. Le PLR ne voulait pas repartir les mains vides de la table des négociations et a fait ajouter ce point à une convention que le comité directeur de l’UDC avait déjà acceptée.

Lors des élections fédérales de 2011, la liste PLR a attiré un peu moins de 12% des voix. Pendant le dépouillement des bulletins de vote, le directeur de l’Union suisse des paysans a eu quelques sueurs froides. Une alliance lui faciliterait la tâche pour la prochaine échéance. Et le PLR garde encore des ambitions pour le Conseil des Etats. Que ce soit Jacques Bourgeois ou un autre, peu de chances de déboulonner le président du PS, Christian Levrat. Mais l’aventure est bonne à prendre pour une question de visibilité. «Nous voulons que la droite reste solidaire sur la durée, c’est-à-dire pour toutes les prochaines échéances électorales et pas seulement cet automne pour la succession d’Isabelle Chassot», explique pour sa part Didier Castella, président du PLR fribourgeois.

Le verdict de l’assemblée du PDC vendredi soir est attendu avec impatience par toute la droite. Avec trois issues possibles: aucune convention, la convention telle qu’elle a été négociée, la convention mais sans le point de désaccord portant sur les élections fédérales de 2015. La troisième option est prônée par le comité directeur du PDC et les députés au Grand Conseil. Si elle est adoptée, elle est aussi la plus compliquée à mettre en œuvre car Eric Menoud devra alors reprendre son bâton de pèlerin. En face de lui, il n’est pas dit que le PLR et l’UDC acceptent de revoir ces nouvelles conditions, même s’ils en ont déjà discuté mercredi matin: «Nous n’étions pas demandeurs d’une entente pour les élections fédérales. A titre personnel, je peux vivre sans cette mention», indique Roland Mesot, président de l’UDC, qui retrouvera ses troupes mardi.

Au PLR, Didier Castella ne fait pas de pronostics. Le comité directeur et l’assemblée des délégués trancheront. Mais entre une convention revue à la baisse et pas de convention du tout, il se pourrait bien que le PLR opte pour la seconde option, car il tient à l’élection de Jean-Pierre Siggen, directeur de l’Union patronale du canton de Fribourg. Surtout que la droite a intérêt à trouver rapidement une issue et à se mettre en ordre de marche. En face, le Parti socialiste présente le conseiller national Jean-François Steiert. Et il n’y a là aucun psychodrame à ­l’horizon.

Une alliance pour les élections fédérales est une condition du PLR et de son élu Jacques Bourgeois