Conseil fédéral

La succession d’Ueli Maurer est ouverte

Magdalena Martullo-Blocher explique à quelles conditions elle pourrait être candidate au gouvernement. Elle ne ferme donc pas complètement la porte. Mais elle met la pression sur son parti

En détaillant, dans Le Temps et le SonntagsBlick, les conditions qui pourraient l’amener à déposer sa candidature pour le Conseil fédéral, Magdalena Martullo-Blocher ouvre le débat sur la succession d’Ueli Maurer et met la pression sur son parti. La patronne du groupe Ems-Chemie, élue au Conseil national en 2015 sur une liste de l’UDC grisonne, explique qu’elle pourrait être candidate «en cas d’absolue nécessité», c’est-à-dire «si l’UE nous mettait sous une forte pression économique». Et si le Conseil fédéral n’était pas en mesure d’y résister, est-on tenté d’ajouter. Elle espère que son parti trouvera la perle rare qui incarnera cette résistance espérée. Si tel n’est pas le cas, elle pourrait se lancer elle-même.

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Le président du parti, Albert Rösti, avait déjà évoqué ce scénario il y a quelques mois. Après les déclarations de l’intéressée, il prend plus de consistance. Mais il fait jaser, car l’idée de voir la fille de Christoph Blocher accéder au Conseil fédéral n’enthousiasme guère les autres partis, et c’est un euphémisme.

Le président du PS, Christian Levrat, a parlé de «provocation politique» dans une interview publiée en octobre dans Schweiz am Sonntag. «Magdalena Martullo-Blocher fait de la politique à l’extrême droite. C’est un peu comme si le PS présentait la candidature de la présidente des Jeunes socialistes, Tamara Funiciello», ironisait-il. Le chef du groupe socialiste, Roger Nordmann, ajoute que la Suisse n’est pas une «ploutocratie» et qu’une personne qui, comme la CEO d’Ems-Chemie, a l'«habitude qu’on lui obéisse» et se trouve là où elle est grâce aux milliards de son père n’a pas sa place au Conseil fédéral.

De Thomas Aeschi à Peter Spuhler

En principe, Ueli Maurer devrait se retirer au terme de la législature, en décembre 2019. Il aura alors 69 ans et achèvera sa seconde année présidentielle. Quelques noms sont déjà cités. Il y a bien sûr le nouveau chef du groupe parlementaire, Thomas Aeschi (ZG). Candidat en 2015, favori du clan Blocher, il avait été battu par Guy Parmelin.

Mais la messe n’est pas forcément dite pour cet économiste polyglotte de 38 ans formé à Saint-Gall, Harvard et Tel-Aviv. En devenant le président du plus grand groupe de l’Assemblée fédérale, il a l’occasion d’acquérir l’expérience de direction qui lui manquait il y a deux ans. On parle du conseiller national et ancien secrétaire général de l’UDC suisse Gregor Rutz. Ce juriste de 45 ans est considéré comme un gros travailleur, mais il manque de charisme et reste peu connu hors du cénacle politique. Les noms du Schaffhousois Thomas Hurter, 54 ans, et de l’ancien président du parti Toni Brunner, 43 ans, circulent également.

Certains ont prononcé le nom du patron de la Weltwoche, Roger Köppel. Mais il est plus à l’aise dans son rôle de tribun et pamphlétaire qu’au sein d’un exécutif censé fonctionner selon le principe de la collégialité. D’ailleurs, sa candidature serait autant considérée comme une provocation que celle de Magdalena Martullo-Blocher ou de la Zurichoise Natalie Rickli, pourfendeuse de la SSR. En revanche, l’appel de la Zuricho-Grisonne peut favoriser un autre représentant de l’économie: Peter Spuhler.

La pression pourrait se faire sentir

Le Thurgovien de 58 ans avait quitté le Conseil national en 2012 pour se consacrer à son entreprise, Stadler Rail. Or, il se retire de la direction du groupe ferroviaire à la fin de l’année, tout en restant président du conseil d’administration. Interrogé sur ses envies de faire son retour en politique, il n’a pas exclu d’être candidat au Conseil des Etats en 2019, date à laquelle le sénateur UDC thurgovien Roland Eberle devrait se retirer. Peu à l’aise en français (comme Magdalena Martullo-Blocher), il a cependant assuré ne pas avoir le Conseil fédéral dans le viseur.

Mais la pression pourrait s’accentuer sur lui, surtout si Johann Schneider-Ammann, qui pourrait s’en aller en même temps qu’Ueli Maurer, n’est pas remplacé par un ou une représentant(e) de l’économie. La favorite à sa succession reste Karin Keller-Sutter, qui sera élue lundi prochain à la présidence du Conseil des Etats. Certes, elle vient de Suisse orientale comme Peter Spuhler mais, hormis quelques mandats à consonance économique, elle ne vient pas du monde des entrepreneurs.

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