Conseil fédéral

Succession Leuthard: l’un des favoris jette l’éponge

Poids lourd de la politique fédérale, le Lucernois Konrad Graber quitte la course. Paradoxalement, son retrait n’améliore pas les chances qu’une femme soit élue

Il tourne, il tourne, le carrousel des papables susceptibles de succéder à la conseillère fédérale PDC Doris Leuthard. Et ceux qui s’en éjectent ne sont pas ceux qui avaient le moins de chances d’être élus. Surprise ce mercredi à Lucerne: Konrad Graber tire sa révérence en disant adieu à la politique après l’avoir servie pendant quarante ans. Et ce n’est pas pour mieux rebondir au Conseil fédéral, a-t-il précisé dans la foulée. Il a exclu une telle candidature. «Il y a une vie après la politique», a-t-il souligné.

Bien qu’âgé de 60 ans déjà, le sénateur lucernois était l’un des plus sérieux prétendants au Conseil fédéral. Un poids lourd du parlement, aussi discret qu’efficace. Dernièrement, c’est lui qui avait lancé le «deal» pour résoudre deux problèmes lancinants de la politique suisse. Il a proposé de lier les deux thèmes de la réforme de la fiscalité des entreprises et de la prévoyance vieillesse. Une initiative dont on pensait qu’elle traduisait sa soif inassouvie de politique. Et son ambition.

La relève mal préparée

Son départ fait suite à la renonciation de Gerhard Pfister qui, en mai dernier, a lui aussi mis fin aux spéculations qui couraient à son propos. Paradoxalement, ces deux désistements n’améliorent pas la position des femmes du parti. En effet, les deux candidates le plus souvent citées, la Bâloise Elisabeth Schneider-Schneiter et la Valaisanne Viola Amherd, accomplissent certes un solide travail au sein de leur groupe, mais elles n’en sont pas pour autant devenues de vraies leaders.

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Que s’est-il donc passé au PDC pour qu’il manque à ce point de relève féminine? Doris Leuthard – charismatique et influente – a vraisemblablement occulté la nécessité de préparer la succession. Au contraire d’il y a vingt ans quand, en automne 1998, le comité des femmes PDC se donne pour but de hisser une femme de leur parti au gouvernement alors que se profilent à l’horizon les démissions d’Arnold Koller et de Flavio Cotti.

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Le comité compose alors une liste de papables, aussi bien au sein de l’Assemblée fédérale que dans les exécutifs cantonaux. Y figurent les noms de Rosmarie Zapfl, Rosmarie Simmen et Judith Stamm, mais aussi des conseillères d’Etat Ruth Metzler et Rita Roos. «Nous leur avons d’abord demandé de ne pas dire non le jour où s’ouvraient les successions», raconte Brigitte Hauser-Süess, proche collaboratrice de Doris Leuthard. Puis nous avons négocié fermement un double ticket féminin pour l’un des postes, au lieu d’un double ticket homme-femme.» C’est ainsi que Ruth Metzler a été élue en mars 1999.

Pirmin Bischof dans le rôle du favori

Aujourd’hui, la situation est très différente. Le PDC a perdu son deuxième siège au Conseil fédéral en 2003. De plus, le parti a été représenté par une femme durant seize ans sur les deux dernières décennies. On peut comprendre que les hommes veuillent aussi monter sur le carrousel des candidats.

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Chez ces derniers, le favori s’appelle désormais Pirmin Bischof. Voici deux ans, le Soleurois a probablement renoncé à briguer la présidence du parti pour mieux viser le Conseil fédéral. Son plus dangereux rival aurait pu être son collègue du Conseil des Etats Stefan Engler. Mais celui-ci a été rattrapé par le scandale du cartel de la construction lors de son mandat de conseiller d’Etat grison.

Un autre homme aurait le calibre de la fonction: l’actuel chancelier Walter Thurnherr. Ayant servi au sein de l’état-major des trois conseillers fédéraux Flavio Cotti, Joseph Deiss et Doris Leuthard, cet Argovien connaît les mécanismes du pouvoir et les dossiers par cœur. Mais le PDC risquerait de perdre en influence s’il devait égarer le poste de celui qu’on appelle le huitième conseiller fédéral. Cette hypothèse semble donc peu vraisemblable.


Portraits de quatre papables

Pirmin Bischof

Originaire de Soleure, Pirmin Bischof (59 ans) a étudié à Berne puis à Harvard. Il est avocat et notaire. Marié et père d’une fille, il a été conseiller national entre 2007 et 2011 avant de passer au Conseil des Etats. Membre du conseil d’administration de la centrale nucléaire de Gösgen, ses prises de position proches de l’économie et de la finance en font un candidat fort apprécié au PLR et à l’UDC. En tant que Soleurois, il a toutefois le désavantage de venir du Mittelland, déjà fort bien représenté au Conseil fédéral.

Stefan Engler

Avocat grison de 58 ans, Stefan Engler est marié, père de deux enfants et chasseur. Il siège au Conseil des Etats depuis 2011. Il a aussi été conseiller d’Etat dans son canton. Et c’est peut-être ce qui pourrait lui être fatal: ces derniers mois, il s’est retrouvé impliqué dans un scandale de cartel dans le domaine de la construction. Or, un donneur d’alerte l’avait averti de ces pratiques illégales. A Berne, le sénateur grison s’est forgé la réputation d’un travailleur sérieux mais sous-estimé. Franc aussi: il lui est déjà arrivé de critiquer son parti, dont il estime qu’il devrait devenir «plus courageux plutôt que de s’orienter une fois à gauche et une fois à droite».

Viola Ahmerd

Haut-Valaisanne de 56 ans, célibataire, Viola Amherd est vice-présidente du groupe PDC, qu’elle dirige donc en l’absence de Filippo Lombardi. Mais son nom reste inconnu du grand public. Mieux que quiconque, elle incarne cette boutade entendue au Palais: «Connaissez-vous la différence entre les hommes et les femmes? Les hommes délèguent et les femmes travaillent»! Peu charismatique, elle n’en est pas moins populaire: lors des élections, elle cartonne sur les listes panachées. Conseillère nationale depuis 2005, elle est avocate et notaire et siège au conseil d’administration de Migros Valais et de la société de chemins de fer BLS. Son profil «smartvote» la situe légèrement plus à gauche que les autres candidats.

Elisabeth Schneider-Schneiter

A 54 ans, Elisabeth Schneider-Schneiter est la plus jeune des quatre papables. Titulaire d’une licence en droit, la native de Bâle-Campagne est mariée et mère de deux enfants. Conseillère nationale depuis 2010, elle préside la Chambre de commerce des deux Bâles et est membre de la direction de l’association faîtière Economiesuisse. Depuis le début de cette année, elle préside surtout la Commission de politique extérieure du Conseil national, ce qui lui confère une nouvelle visibilité. Elle s’y profile en tant que fervente partisane d’un accord institutionnel avec l’UE, notamment pour garantir la stabilité juridique suisse. Cela dit, la Bâloise ne fait pas – encore – partie des poids lourds, ni du parlement ni de son parti. De plus, dans cette formation aux racines catholiques, d’aucuns critiquent également le fait qu’elle soit de confession réformée.

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