La gauche réclame depuis des années l'introduction d'un impôt fédéral sur les successions et les donations. Rien d'étonnant que cette proposition ait été relayée au Conseil fédéral par un représentant de cette mouvance, en l'occurrence Moritz Leuenberger. Kaspar Villiger a fini par se résoudre à la proposer dans la mesure où, dit-il, «un tel impôt a, sur le plan de la justice fiscale, de l'égalité de traitement et de la compatibilité avec la croissance économique, plus d'avantages qu'un impôt sur la consommation».

La plupart des cantons qui pratiquaient un tel prélèvement sur les successions et les donations l'ont aboli. Aujourd'hui, dix-neuf cantons y ont renoncé. Cet impôt existe cependant toujours en Suisse romande. L'introduction d'un tel instrument sur le plan fédéral ne peut se faire sans concertation avec les cantons. Kaspar Villiger a obtenu l'autorisation de mener de telles consultations. Il évoque l'idée d'une ponction de 5% pour les descendants directs, qui serait toutefois assortie d'une franchise élevée. Cet impôt pourrait rapporter 2,1 milliards de francs par an, dont 600 millions seraient reversés aux cantons et 1,5 milliard serait attribué à la caisse fédérale. Pour le ministre des Finances, le fait que les cantons qui ont supprimé l'imposition des successions l'ont fait principalement pour cause de concurrence fiscale justifie qu'on étudie son introduction sur le plan fédéral.

Rien n'est toutefois décidé. L'UDC, le PRD et le PDC ne veulent pas entendre parler d'un tel prélèvement, et cette opposition s'est manifestée jusqu'au sein du collège gouvernemental. Kaspar Villiger en est conscient. «Au final, on décidera peut-être de ne pas introduire cet impôt», concède-t-il prudemment. En tous les cas, une votation populaire serait nécessaire, car les impôts fédéraux doivent être inscrits dans la Constitution.