«Je n'ai fait que me plier à la volonté populaire». Agacé, le préfet Placide Meyer défend la rentrée scolaire différée en Gruyère. «Le sujet me paraît secondaire par rapport à la qualité de l'enseignement». Alors que la rentrée est fixée au 24 août dans l'ensemble du canton, les districts de la Gruyère et de la Veveyse en ont décidé autrement: ses élèves débuteront l'école une semaine plus tard, soit le 31 août. Le calendrier scolaire est un débat récurrent à Fribourg. Avancer la rentrée scolaire d'une semaine au profit d'une deuxième semaine de vacances en automne: l'idée se concrétise à titre d'essai dans les écoles enfantines, primaires et secondaires du canton après moult tergiversations. «Si le système n'est pas encore uniformisé, c'est que les communes s'y sont opposées» poursuit Placide Meyer. Le cycle d'orientation de Bulle compte 1300 élèves et regroupe 40 communes. A l'écouter, «tout le monde s'est dit favorable à l'horaire différé». Dans les écoles primaires du district, le même avis s'est imposé à 60%. Le préfet n'aurait pu que constater cette «écrasante majorité», alors qu'il penche pour une uniformisation du calendrier scolaire.

La Veveyse et la Gruyère ne sont toutefois pas les seuls districts à l'entendre différemment. Dans le Lac, les élèves reprennent le chemin de l'école le 17 août comme une partie du canton de Berne. Deux exceptions subsistent: les communes de Courtepin et de Cormondes se sont alignées au 24 août. Les raisons historiques, culturelles et religieuses ne manquent pas pour différer la rentrée scolaire de part et d'autre du canton. Une fois, c'est la commémoration de la bataille de Morat qui est évoquée, une autre, c'est l'Ascension. «C'est une aberration» commente Gilbert Gremaud, un enseignant de l'école secondaire de Bulle. En Gruyère, on évoque encore l'alpage où quelques enfants passent l'été dans un chalet. Une semaine de vacances en moins ne devrait pas porter un coup fatal à l'agriculture.

La loi scolaire en vigueur donne aux autorités locales la compétence de fixer le calendrier scolaire des écoles enfantines, primaires et secondaires. Le canton ne gère que celui des écoles supérieures: «Lorsque j'ai imposé deux semaines de vacances en automne, on a parlé de diktat» explique le Conseiller d'Etat Augustin Macheret. Les mentalités semblent toutefois évoluées et le directeur de l'Instruction publique croit en une «solution homogène» d'ici une à deux ans. Si certaines voix l'accusent d'avoir «laissé traîner les choses», il préfère «laisser agir les préfets afin de progresser plus rapidement». Mais il faudra compter sur une résistance du sud du canton: «En Gruyère, les communes et les enseignants craignent une cantonalisation de l'enseignement» note Hubert Carrel, président de l'Association des enseignants du canton. Toute la question est de définir un rythme scolaire mieux adapté aux enfants: «Ce sont les petits qui doivent se plier aux grands. Cela devrait être l'inverse» raconte Auguste Both, président de l'association du corps enseignant de la Gruyère. Une motion a été déposée au Grand Conseil par le député social-démocrate Cédric Castella. Il demande une modification de la loi scolaire afin que le gouvernement cantonal décide du calendrier scolaire de toutes les écoles.