Levée de boucliers au Tessin: dès 2021, après l’ouverture du tunnel de base du Ceneri, l’offre de trains InterCity (IC) reliant le district de Mendrisio au nord des Alpes sera drastiquement réduite. La décision, prise en 2009, entérinée par les CFF et le canton, est aujourd’hui jugée indéfendable, non seulement au sud, mais dans tout le canton.

«Le Tessin ne s’arrête pas à Lugano», s’insurge le maire PLR de Chiasso, Bruno Arrigoni. Il insiste: le Mendrisiotto, et ses 60 000 habitants, est la deuxième région du canton sur les plans économique et démographique. C’est aussi la région de Suisse souffrant le plus de la pollution et du trafic. Chiasso, la commune la plus méridionale du pays, dont un tiers du territoire est couvert par les voies ferrées, est à 3 kilomètres de Côme, «la ville du nord de l’Italie la plus visitée ces dernières années», souligne-t-il.

Soutien du gouvernement

Fortes du soutien du Conseil d’Etat, les communes de Chiasso et de Mendrisio ont demandé aux CFF de revoir la suppression des trains longue distance dans le Mendrisio. «Actuellement, trois IC passent par Chiasso et Mendrisio, matin et soir. Nous ne demandons pas la lune; nous souhaitons que le statu quo demeure.» Lundi 24 août, le canton et les CFF devraient aborder le sujet lors de leur rencontre annuelle.

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Porte-parole des CFF, Patrick Walser fait valoir que 95% des clients du Mendrisiotto se déplacent au sein du canton; seuls 5% poursuivent leur route au-delà du Gothard. «Pour cette raison, la priorité stratégique pour le district de Mendrisio s’est traduite par la création d’un réseau dense de relations avec les autres communes du Tessin via des transports régionaux», explique-t-il, ajoutant que l’arrêt systématique des trains longue distance à Chiasso et à Mendrisio aurait un impact négatif sur la ponctualité du trafic ferroviaire.

Directeur de l’Office fédéral des transports (OFT), Peter Füglistaler relève que chaque fois qu’une liaison longue distance est mise en service, la question des arrêts intermédiaires se pose. «Il faut procéder à une pesée d’intérêts entre la volonté de relier rapidement Zurich à Milan et les demandes régionales.»

Mobilisation à Berne

Des arguments qui laissent froide la députation tessinoise aux Chambres fédérales. Sa présidente, la sénatrice socialiste Marina Carobbio, lors de son allocution du 1er Août, à Chiasso, s’est engagée à se mobiliser contre l’exclusion de Mendrisio du réseau de trains longue distance. «C’est comme si, dans le canton de Genève, le train s’arrêtait avant la ville de Genève», commente le conseiller national PDC, et ancien conseiller communal de Mendrisio, Marco Romano, qui a fait diverses interventions parlementaires sur le thème.

Le Mendrisiotto est la porte suisse sur le Piémont et la Lombardie, une des régions économiques les plus puissantes d’Europe, rappelle-t-il. «Depuis 2017, il est le centre de deux liaisons ferroviaires internationales stratégiques vers le sud: Stabio-Varèse et Chiasso-Côme. Il est lié à l’aéroport de Malpensa et c’est par là qu’entrent 67 000 frontaliers italiens», insiste Marco Romano

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L’OFT et les CFF pensent encore que le Tessin est constitué de trois pôles: Bellinzone, Lugano et Locarno, soutient le conseiller national précisant que le Mendrisiotto est considéré comme un appendice de Lugano. «Or, c’est une région en soi, plus grande que Locarno. Ici, la question va au-delà des arrêts de train; le Tessin se bat pour la reconnaissance d’une région.»