C’est par une publication sur son profil Facebook, mardi soir, 23h35, que Sue Putallaz a annoncé son départ des rives de la politique. Présidente ad interim des Vert’libéraux genevois depuis le départ de Laurent Seydoux (toujours vice-président du parti national, ndlr) en mai 2015, la quadragénaire dit vouloir se consacrer désormais à sa famille et à sa vie professionnelle. Elle s’en explique.

Le Temps: Pourquoi partir maintenant?

Sue Putallaz: Le parti se retrouve à un moment charnière de son histoire, où il faut s’investir à 200% pour lui donner une chance. Or ce temps-là, je ne l’ai plus. Les deux sociétés que je dirige se trouvent également à un tournant, notamment suite à la signature de l’accord de libre-échange entre la Suisse et la Chine [l’une de ses sociétés est active dans l’échange et la promotion dans le domaine médical entre la Suisse et la Chine, ndlr]. Une journée n’ayant que 24 heures, il fallait que je choisisse entre mon parti d’un côté, et mes enfants et mon travail de l’autre. J’ai tranché.

– Votre parti n’a pas réussi à décoller lors des dernières élections municipales au printemps. Votre départ est-il lié à cet échec?

– Pas du tout. Je crois fondamentalement à la philosophie et aux valeurs vert’libérales.

– Comment expliquez-vous que votre parti n’ait pas réussi à s’imposer un peu plus dans le paysage politique cantonal?

– Plusieurs facteurs l’expliquent. Tout d’abord, le contexte politique genevois est difficile, où le prix du ticket d’entrée dans les parlements est prohibitif, avec un quorum à 7%. Tant que ce système sera en place, il faudra beaucoup de temps aux jeunes partis pour se faire une place. D’ailleurs, avec un système tel qu’à Neuchâtel, nous disposerions déjà de trois députés! Ensuite, c’est vrai, notre base est encore assez fragile. Nous devrions augmenter le nombre de militants et élargir les réseaux du parti. Contrairement à d’autres, nous avons peu de relais auprès du monde associatif.

– Il vous reste les initiatives cantonales pour exister…

– Certes. Mais vous n’imaginez pas les efforts qu’il faut fournir pour les faire aboutir. Cela requiert une dépense d’énergie incommensurable!

– Les Vert’libéraux n’ont-ils pas échoué à se profiler comme autre chose que la simple addition de programmes écologiste et libéral?

– Ce n’est pas simple, surtout à Genève, d’expliquer que les Vert’libéraux ne sont pas la simple addition des deux, mais que nous avons notre propre ligne. Il aurait fallu pouvoir communiquer plus clairement et à large échelle sur nos valeurs: allier l’écologie et l’économie au profit de l’humain et comment cela se traduit concrètement pour la qualité de vie des Genevois.

– Quel est le bilan que vous dressez, vous qui avez intégré le parti il y a trois ans?

– Je trouve positif de constater comment l’idée vert’libérale a séduit des gens apolitiques. Aujourd’hui, près de 80% de notre base est composée d’hommes et de femmes qui ne se reconnaissaient pas dans d’autres partis. Paradoxalement, cette différence est aussi notre talon d’Achille. Nous manquons de personnes qui disposent d’expérience politique. Je crois que c’est cela qui a fait que notre parti n’a pas aussi bien progressé que nous l’espérions.

– Pas d’amertume?

– Absolument aucune. Mais il est vrai que je constate tous les jours que l’énergie que je dépense dans les associations [Pro’loc, Amis de la plage des Eaux-Vives, ATE, restaurants scolaires de Florissant et Malagnou, ndlr] est beaucoup plus payante que celle investie dans la politique. Les résultats se voient beaucoup plus rapidement.

– Comment envisagez-vous l’avenir du parti?

– Le comité devrait se réunir prochainement pour choisir un nouveau président ad interim avant qu’il ne scelle son choix définitivement, probablement à la rentrée. Pour le surplus, à partir du moment où j’annonce mon désengagement du parti, je vais m’abstenir de donner mon avis sur son avenir.