La Suède remplace son ambassadeur controversé à Berne

Diplomatie En poste depuis 2006, Per Thöresson sera muté à New York

Son implication active dans le dossier Gripen lui a valu de sévères critiques

L’ambassadeur de Suède Per Thöresson sera remplacé cet automne par son collègue Magnus Holm, précédemment en poste à Tallinn, à Berlin et à Tokyo. La nouvelle a été annoncée mercredi par le Ministère suédois des affaires étrangères dans un communiqué. Dès qu’elle a été connue en Suisse, l’information a suscité un évident émoi, car elle a immédiatement été interprétée comme un rappel du ­diplomate à la suite de la divulgation de ses commentaires sur le ­traitement du dossier Gripen par le ­parlement suisse et sur Ueli Maurer (LT du 30.04.2014).

Or Per Thöresson est en poste à Berne depuis 2006. Cela constitue un bail inhabituellement long dans la diplomatie, où l’on demeure en règle générale environ quatre ans dans la même capitale. Il est dès lors très probable que Per Thöresson soit resté aussi longtemps dans le but d’«accompagner» le dossier Gripen jusqu’au vote populaire.

La défense d’intérêts ou de dossiers spécifiques fait partie du cahier des charges d’un ambassadeur. Ainsi a-t-on souvent laissé entendre qu’un ancien ambassadeur de France avait été nommé à Berne avant tout pour y défendre le dossier Rafale, rival du Gripen jusqu’à la décision du Conseil fédéral d’opter pour l’appareil suédois. Mais ces choses-là ne sont jamais confirmées officiellement.

Est-ce le cas de Per Thöresson? On peut l’imaginer. Mardi, son ministre de tutelle, Carl Bildt, a pris sa défense en rappelant qu’il n’avait fait que «ce qu’on attendait de lui en s’engageant pour le commerce extérieur suédois». On rappellera au ­passage que, avant d’embrasser la carrière diplomatique en 1990, ­Per Thöresson, âgé de 51 ans, avait notamment travaillé chez Andersen Consulting (devenu ensuite Accenture). Comme diplomate, il a occupé différentes fonctions à Stock­holm, ainsi qu’à l’OSCE à Vienne et à la mission auprès de l’ONU à New York, où il retournera dès septembre. Le ministère avait d’ailleurs annoncé son départ pour New York le 24 avril, mais l’information était passée inaperçue en Suisse.

La durée du mandat de Per Thöresson à Berne ayant été parti­culièrement longue, il n’y a rien d’étonnant à ce que la Suède le nomme à un autre poste. Selon le ministère suédois, ce changement s’inscrit dans une «rotation normale». On peut néanmoins estimer que le gouvernement de Stockholm a choisi d’annoncer mercredi son remplacement par Magnus Holm dans l’espoir de calmer le jeu. Mais il n’est pas sûr que cela suffise, car les notes internes qui ont été publiées ont largement donné le sentiment que la Suède avait cherché à influencer le choix du parlement suisse.

En février, puis mardi, deux radios suédoises ont tour à tour révélé que l’ambassadeur était intervenu activement durant les travaux de la Commission de la politique de sécurité (CPS) du National, qui a accepté l’achat de 22 appareils Gripen E en août 2013. Le Conseil national a donné son feu vert dans la foulée.

Selon les échanges internes mis au jour par ces radios, Per Thöresson a rencontré le président du PLR, Philipp Müller, et le président de la CPS, Thomas Hurter (UDC/SH). Il a aussi émis des jugements sur certains parlementaires et sur Ueli Maurer lui-même, dont il craignait qu’il tînt des propos déplacés pendant les débats et compromît ainsi le choix de l’avion suédois.

Selon Stockholm, il s’agit d’une «rotation normale». Suffira-t-elle à calmer le jeu? Ce n’est pas sûr